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De San Francisco à Clermont-Ferrand par les chemins du collaboratif

Le coworker du mois#1 : Christopher Schoch

Chose promise, chose due. Nous entamons une série de portraits des coworkers qui animent, habitent et façonnent collectivement le projet Épicentre. Histoire de mieux comprendre qui nous sommes et ce que nous avons à faire ensemble, dans notre belle diversité. Le sort a désigné comme premier « candidat » celui qui est à lui tout seul notre doyen, notre dimension internationale et une sorte de témoin, d’observateur actif de notre microcosme en construction, « in progress » comme on dirait joliment dans sa langue maternelle.

Des pentes de San Francisco à celles des volcans d'Auvergne, Christopher veille sur la gouvernance des projets qui l''intéressent.

Des pentes de San Francisco à celles des volcans d’Auvergne, Christopher veille sur la gouvernance des projets qui l’intéressent.

La vie est une longue série de hasards, de rencontres et de cheminements qui profilent peu à peu leur cohérence. C’est ce que pourrait illustrer l’impressionnant parcours de Christopher Schoch. Parcours en forme de question : comment ce gars qui n’a « jamais voulu quitter San Francisco, la plus belle ville du monde » a-t-il atterri à Clermont-Ferrand, Auvergne, France ?

De sa ville natale de la côte ouest états-unienne, il évoque avec un brin de nostalgie « les brumes particulières qui enveloppent la ville de mystère, montent en volutes et forment un décor de rêve ; et encore l’appel des sirènes qui guident les navires dans ces brouillards ».

Seulement voilà, la vie est facétieuse. Elle l’a mené en France, en Afrique, à Montréal. Lui a fait faire de nombreux allers-retours entre divers continents. L’a conduit à exercer divers métiers, à composer et à décomposer sa vie familiale. A passer par l’Université, par l’entreprise, par ses propres projets de consultant ou par des actions d’ordre humanitaire. Pour dessiner progressivement ce qui est devenu un fil conducteur : « J’ai une passion pour les organisations humaines, surtout celles du travail. Je m’intéresse aux processus mystérieux selon lesquels on se réunit pour organiser le travail, on choisit des métiers et on se retrouve dans une société qui répond aux besoins les plus divers. » Et de fait, Christopher se définit comme un « architecte social », c’est-à-dire qu’il intervient dans des entreprises, des collectivités et autres structures pour y faire émerger des formes de travail basées sur une dynamique de collaboration.

Des talents insoupçonnés de balayeur…

Si nous découvrons aujourd’hui avec enthousiasme ces théories et ces pratiques, telles que les forums ouverts, les cartes conceptuelles et autres ateliers participatifs, Christopher Schoch, lui, les met en œuvre depuis plusieurs décennies. C’est précisément dans les années 1968-70 qu’elles ont commencé à germer dans son parcours. A l’époque, ce licencié en Histoire, ancien prof d’anglais à la fac de Toulouse, se trouvait – presque accidentellement – magasinier dans une fabrique de semi-conducteurs de la Silicone Valley. Alors qu’il s’était organisé pour passer discrètement la moitié de son temps de travail à potasser un doctorat, ses chefs l’ont repéré… pour ses talents de balayeur ! Et c’est ainsi qu’il a obtenu de pouvoir poursuivre ses études tout en travaillant à la réorganisation de l’entreprise. Où il a commencé à expérimenter les vertus de l’intelligence collective.

Très vite, dans ce coin de Californie qui commençait à devenir l’épicentre (sans majuscule) du séisme mondial des nouvelles technologies, les propositions de boulot ont commencé à le rattraper et à lui assurer un bel avenir dans la proximité bienveillante de son cher Golden Gate Bridge… Sauf que sa vie privée s’en est mêlée. Et que, comme il l’avoue lui-même : « Quand il y a un choix à faire, je me laisse toujours guider par le cœur. »

On aimerait raconter dans le détail les péripéties des quelque trente années qui ont suivi. Citons simplement comme étapes importantes la création à Bordeaux d’un centre d’études des langues aux méthodes révolutionnaires, qu’il a fait prospérer en dix ans grâce à des partenariats dans les universités américaines ; deux années en Guinée dans un groupe d’exploitation de bauxite ; un bout de route avec le groupe Accor, à un moment crucial où ce fleuron français de l’hôtellerie est passé d’un coup de 60 000 à 120 000 collaborateurs dans le monde et où il a fallu créer une culture d’entreprise pour relever ce défi.

… et de constructeur de fusées !

Rupture marquante en 2004. Un de ses fils subit une agression qui manque de peu lui coûter la vie. Christopher rompt alors avec le monde des grandes entreprises – dont il ressentait de plus en plus qu’elles l’instrumentalisaient – pour se consacrer, à Montréal, à l’accompagnement de jeunes en « décrochage ». Ces graines de délinquants, il s’applique à leur redonner confiance et estime de soi. Toujours là où on ne l’attend pas, Christopher raconte ses méthodes : « D’une part je donnais des cours d’anglais, d’autre part, j’animais un atelier de construction de fusées. Elles pouvaient monter jusqu’à 200 mètres ; elles avaient alors un petit mécanisme d’éjection avec un parachute qui nous permettait de les récupérer intactes… sauf qu’il y avait des accidents, comme avec les vraies fusées ! » Un savoir-faire qu’il avoue avoir appris sur le tas, en même temps que ses protégés. Encore une démarche récurrente dans son cheminement : l’auto-apprentissage, quasi-permanent.

Février dernier : Christopher fait la synthèse de notre journée "ECEI#2" sur les tiers-lieux. Acteur, mais aussi observateur de notre microcosme.

Février dernier : Christopher fait la synthèse de notre journée « ECEI#2 » sur les tiers-lieux. Acteur, mais aussi observateur de notre microcosme.

Il nous reste à raconter comment notre néo-Québécois s’est retrouvé à Clermont-Ferrand. Rattrapé par son rôle de pionnier des démarches collaboratives, que certains, de ce côté de l’Atlantique, n’avaient pas oublié. En 2013, sollicité par une ancienne collaboratrice, il anime avec elle à Paris une formation qui prend la forme d’échanges de pratiques. Parmi les inscrits, une certaine Emmanuelle Perrone, dont le projet éveille sa curiosité. Dans la foulée, Emma l’enrôle sur un appel à projets pour les Combrailles. Quasiment son premier contact avec l’Auvergne, si ce n’est le souvenir lointain d’une tante qui tenait une maison de cure au Mont-Dore.

L’Auvergne lui plaît immédiatement, peut-être bien à cause de ses rues et routes en pentes qui lui rappellent son cher San Francisco. « J’avais envie de revenir en France, mais pas à Paris. Je sentais que la France commençait à devenir mûre pour les démarches collaboratives. Et je voulais travailler dans l’économie sociale et solidaire : les entreprises classiques travaillent trop exclusivement pour leurs actionnaires », précise-t-il.

Le voici enrôlé dans Cultures Trafic, la petite mais dynamique SCOP qui est à l’origine du projet Épicentre Cowork. Et le voilà du même coup coworker, animé par une curiosité bienveillante pour nos tentatives de créer du « travailler-et-vivre-ensemble ».

Un capital à préserver

A Cultures Trafic, il a notamment pris les rênes d’une commande du Conseil général du Puy-de-Dôme: l’introduction de méthodes collaboratives dans le service Culture, avec une forte demande des dirigeants de la collectivité de l’étendre à d’autres services. Et avec les résistances auxquelles on peut s’attendre dans nos institutions peu habituées à ce qu’on bouscule les habitudes internes. Un travail de pionnier qui lui sied assurément.

Et d’Épicentre Cowork, il observe : « C’est un lieu formidable car il génère des engagements forts de la part de gens de valeur. Ça donne envie de s’engager. Son capital le plus important, c’est la qualité relationnelle et la qualité de l’environnement. Il faut veiller à le maintenir et à le faire vivre, y compris en grandissant. Et à bâtir une gouvernance qui permette de le préserver. »

Bien entendu, nous comptons sur Christopher pour qu’il tienne son rôle dans cette construction. Nous tenons un spécialiste !

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