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Un parcours qui résume l’histoire des nouvelles technologies

Le coworker du mois#5 : Emmanuel Sellier

Même si cette rubrique conserve son titre, l’envie d’accélérer la cadence se fait sentir. Voici donc le portrait du deuxième coworker de ce mois de janvier. Emmanuel Sellier, notre discret mais précieux « technologue », a consenti à lever la tête de son ordi pour se dévoiler…

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Des antiques machines de son adolescence à sa start-up anti-phishing, en passant par les portails du net ou par la téléphonie mobile, Emmanuel est resté, depuis près de 30 ans, au cœur des modes et des avancées des NTIC.

A Epicentre, tout le monde sait qu’Emmanuel est en train de monter sa boîte. Un truc en lien avec le phishing ou hameçonnage : vous savez, ces spams frauduleux qui empruntent l’identité d’une grosse entreprise ou administration pour vous soutirer des données personnelles, des codes d’accès, des mots de passe… « Ces institutions n’ont pas les moyens de s’en protéger, sinon par de la pédagogie, mais c’est peu efficace et il en résulte une communication négative. Avec Vérifrom, il s’agit de donner à leurs clients le moyen de vérifier qu’un message provient bien de leur banque ou de leur caisse d’assurance maladie par exemple », explique-t-il. Et de décrypter le nom choisi pour l’entreprise : « Véri » pour vérification et « From » qui indique en anglais la provenance d’un courriel.

Vérifrom a aujourd’hui une existence légale et un produit sans équivalent, du moins pour ce qui est de son adaptation à tous types de supports. Il reste à le tester en grandeur nature – ce sera l’objectif du semestre qui commence – et à convaincre suffisamment de clients pour rendre le projet viable, avant de viser le marché international.

Tout cela conçu à partir de l’open space d’Epicentre. Et venant après un parcours déjà riche d’ingénieur informaticien qui n’a pas hésité à bifurquer vers d’autres domaines, à prendre des risques et à privilégier la curiosité pour l’inconnu sur la sécurité de l’emploi.

Des modes et des lubies

Tout commence dans les années 1980, quand Emmanuel, ado, découvre l’informatique. Une chance, à une époque où ces technologies étaient encore peu connues. « J’ai commencé vers l’âge de 12 ans, avec des machines qui avaient la puissance d’une calculatrice d’aujourd’hui, se souvient-il. Ça m’a pas mal passionné, mais plus par rapport à l’envie de comprendre comment ça marche, alors qu’aujourd’hui les jeunes s’intéressent plutôt au côté ludique. »

Cette première période de vie se déroule au Mans, à Angers, puis à Orléans. Mais c’est à Paris qu’il fait ses études d’ingénieur en informatique. Et c’est dans la capitale qu’il restera ensuite pour près de vingt ans de sa carrière. « J’avais la chance d’arriver avec des connaissances peu répandues, donc j’ai eu très vite des responsabilités, malgré mon âge. »

Dans les dix premières années, successivement dans quatre sociétés de service en informatique, son travail est à la fois technique – sur du développement de réseau –, mais aussi de conseil sur l’exploitation de données numériques, notamment dans le domaine du marketing, ou sur ce qui était à la mode à l’époque, la création de portails sur internet.

Seulement voilà : à cette époque du boum des nouvelles technologies, beaucoup de projets naissaient d’une lubie, sans réelle nécessité ou sans préparer les équipes qui se montraient réticentes ou incompétentes à les utiliser. Du coup ils étaient abandonnés aussi vite qu’ils étaient nés. C’est frustrant !

Les dangers du confort

2003 : Emmanuel passe à autre chose. C’est le bon moment, celui de l’éclatement de la bulle. Il entre dans un cabinet de conseil en stratégie et marketing. « J’ai travaillé surtout sur les services de téléphonie mobile. A cette époque où les forfaits avaient des durées limitées, il fallait trouver des moyens d’amener les clients à passer le plus de temps possible en ligne. J’ai aussi travaillé sur le développement de la 3G, en coordonnant des équipes techniques, marketing et clients. » Puis la vague de cette demande se tarit et Emmanuel transpose les mêmes méthodes dans le domaine de l’énergie. La problématique, à quelques années de distance, était plus ou moins la même : prendre en compte les comportements du client, au moment de l’ouverture du marché à la concurrence.

« Durant toutes ces années, j’ai utilisé des compétences qui n’avaient rien à voir avec ma formation ou mes premières expériences, si ce n’est que la résolution de problèmes peut passer par les mêmes formes de raisonnement dans le marketing que dans le domaine technique », reconnaît-il.

En dix ans dans ce cabinet de 80 salariés, Emmanuel s’était fait sa place, jusqu’à devenir associé. Il aurait pu y rester tranquillement au chaud, sauf que ce n’est pas son genre. « Je n’avais pas envie de m’installer dans ce relatif confort. Etant arrivé ‘‘au sommet’’, je commençais à me demander ce que je pourrais bien faire après. »

Famille, bo bun et télétravail

A cette époque, il déjeune un jour avec un ancien collègue, lequel a pris la direction d’une petite start-up qui développe un système de paiement par internet. « Du genre Paypal, mais en mieux », nous a souvent expliqué Emmanuel. « Il me raconte en passant qu’ils cherchent quelqu’un et en blaguant, il me propose le poste. J’ai dit oui tout de suite, à son grand étonnement. » Le voilà donc raccrochant les charentaises pour devenir directeur des opérations de Buyster, ce qui recouvrait… presque tout. Et faisait appel à toutes ses compétences, aussi bien techniques que marketing. Avec un marché difficile et des coûts importants, ça représentait un beau défi. Emmanuel y entre en décembre 2012 et y reste jusqu’à ce que l’entreprise jette l’éponge à l’automne dernier, ses financeurs ne pouvant plus soutenir le développement, qui s’est avéré trop lent.

Entretemps, il y a eu d’autres changements. Quand on épouse une Auvergnate, il faut s’attendre à devoir un jour, éventuellement, porter ses pénates au pied des volcans. Sophie ayant, sans l’avoir trop planifié, saisi l’opportunité d’un bon poste à Clermont, Emmanuel commence par la rejoindre les week-ends. Mais avec deux jeunes enfants, il conclut vite qu’il vaut mieux être manager à distance que papa à distance. Il adopte donc le télétravail et du même coup, le coworking. « Le télétravail n’a pas constitué une difficulté. Au contraire, quand les collaborateurs ne sont pas tentés de franchir votre porte toutes les cinq minutes, on peut se concentrer sur ce qu’on a à faire », reconnaît-il. Même évidence pour le coworking : « Avec les enfants et leur nounou à la maison, c’était juste impossible. Et de toute façon je ne me voyais pas bosser tout seul dans mon coin. Socialement c’est important et ça permet de mettre des limites entre travail et vie familiale. » C’est ainsi qu’il débarque à Epicentre en septembre 2013, devient notre dépanneur informatique en titre et un fan des bo bun de la Tonkinoise.

Le modèle du coworking

Avec un tel parcours, on ne s’étonnera pas qu’il lui trottait dans la tête depuis un moment l’idée de fonder sa propre entreprise. On le voit donc, depuis six mois, développer discrètement mais sûrement son affaire, déposer un brevet à l’INPI, passer de temps en temps en costume après un rendez-vous avec un banquier, s’échapper régulièrement à Paris, sans doute pour aller convaincre quelque ancien gros client de l’utilité de son service. « Du coup, je regrette d’avoir peu de temps à consacrer à Epicentre et peu d’opportunités de collaborer avec d’autres coworkers. » Soit, mais il a quand même intégré le conseil d’administration, s’investit dans l’équipement technique du futur tiers-lieu et dépanne volontiers nos petits bugs et soucis d’imprimante. Et il imagine bien Vérifrom se développer en modèle collaboratif, même s’il n’a pas encore pensé de près la question. « Si tout va bien, j’aurai à recruter à un moment, mais pas forcément à installer mes propres bureaux. Je me vois bien avoir des collaborateurs en coworking, réfléchit-il à haute voix.  Pour ce type de travail, il faut des gens souples, ouverts, motivés, ce qui correspond bien à l’esprit. Et je reste convaincu que le fait d’arriver au bureau sans savoir quelles rencontres nouvelles peuvent nous attendre, ça évite la routine et ça donne des opportunités de partager plein de choses. »

Et voilà encore un Parisien qui s’est bien adapté à la capitale auvergnate, dont il apprécie la bonne ambiance, la nature toujours proche et tout ce que la ville offre à faire en famille. Alors pas de regret de Paris ? « Peut-être juste qu’il n’y ait pas ici la même dynamique économique. Mais pour profiter de Paris, il faut avoir beaucoup de temps et d’argent. Et de toute façon je ne crois pas que l’homme soit fait pour vivre de manière aussi concentrée. »

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