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Rendre funky un métier un peu vieillot…

Le coworker du mois#6 : Guillaume Allermoz

A Epicentre, nous avons tous les métiers. Même un spécialiste de l’audition, c’est dire ! Mais comme plus ou moins tous nos coworkers, Guillaume n’a pas un parcours classique. C’est pourquoi nous lui avons (avec forcément un peu d’appréhension) prêté l’oreille.

Petit croquis pour expliquer ce que recouvre le métier d'auditien

Petit croquis pour expliquer ce que recouvre le métier d’auditien.

Au début, quand il a débarqué à Epicentre, on l’appelait « le mec des oreilles », parce qu’on ne comprenait pas bien ce qu’il faisait. Et pour cause : lui-même a du mal à l’expliquer, si ce n’est en prenant son temps, un paperboard et des feutres de couleur. On pourrait le définir comme « consultant-formateur en mana-gement des métiers de l’audition », mais c’est un peu long et déjà très réducteur. Ou encore : « personne qui a l’ambition de donner un coup de jeune au secteur de la prothèse auditive ». Ça lui irait pas mal. Pour faire court, il se dit « auditien » comme d’autres se disent « opticiens ». Un costume professionnel qu’il s’est taillé sur mesure, tout au long d’un parcours tiraillé entre plusieurs centres d’intérêts : ceux qui le passionnent, ceux que le hasard a mis sur sa route, ceux qui lui rapportent des revenus, ceux qu’il doit aux expériences qu’il a recherchées, avec opiniâtreté parfois.

Voilà donc ce qui arrive quand on est un élève moyen, qu’on rate une prépa dans les grandes largeurs et qu’on se retrouve sans conviction dans une formation d’audioprothésiste. « Parce que je suis un drogué de musique – batteur à l’époque – mais que je n’avais pas une culture familiale de saltimbanques. Avec un père dentiste et une mère pharmacienne, il fallait que j’aie un métier sérieux. C’est ma mère qui me l’a suggéré », explique-t-il. Pendant deux ans, à Lyon, il bâille aux cours de pathologie ou de physiologie, s’initie aux logiciels de tests, jette un œil (et une oreille) dans un service clinique d’ORL. Bof. Mais s’aperçoit dès son premier remplacement, à l’été 2001, que sa nouvelle profession « pas très sexy », avec sa clientèle âgée ou un peu honteuse, est assez lucrative. Il gagne en deux mois, quasiment, de quoi être autonome pour l’année.

Détour par les Antipodes

En même temps, en ouvrant un livre d’économie, il se prend de passion pour d’autres domaines et fait des pieds et des mains pour entamer une formation en administration économique et sociale, dont les inscriptions sont déjà closes. On l’a dit, Guillaume est opiniâtre. Il y parvient. Et se lance avec ardeur dans des études qui enfin le motivent. Il a pour maîtres des tenants d’une méthode socio-économique de management, « une vision humaniste qui recherche l’équilibre entre les impératifs économiques et le rôle social des entreprises », détaille-t-il. Presque sans s’en rendre compte, il enchaîne avec cinq années en IUP « Management des équipes et qualité », brille en cours, apprend « des millions de trucs » et remplit la caisse chaque été comme audioprothésiste remplaçant.

Ce passionné de glisse (Ardéchois mais avec un nom savoyard qui a au moins laissé cette trace-là dans ses gènes) se souvient avec bonheur d’un premier stage dans une école de ski. Mais à partir de la deuxième année, il cherche à appliquer tout ce qu’il apprend au secteur de l’audition. Les stages le conduisent chez les fabricants comme chez les distributeurs et lui apportent peu à peu une vision globale de la filière, des grosses entreprises et des détaillants, des atouts et des lacunes.

Il garde aussi le souvenir ébahi d’un semestre en Nouvelle-Zélande, à l’Université de Dunedin : des conditions d’études incroyables, des profs disponibles, une bibliothèque comme on n’ose en rêver en France… « Pour moi, c’était la cerise sur le gâteau. » Guillaume a aimé le tempérament décontracté des habitants, l’accueil, la prégnance de la nature qui redonne de la modestie à l’être humain. Il engrange encore des connaissances, puis fait avec sa compagne, en trois mois, 16 000 km de camping-car pour découvrir cette belle terre des Antipodes.

Audition salvatrice et audition plaisir

"On n'imagine pas toutes les conséquences d'une mauvaise audition..."

« On n’imagine pas toutes les conséquences d’une mauvaise audition… »

Retour au pays. Bouclage des études. Embauche par des pionniers de la prothèse qui décoiffe, une enseigne nommée Ecoute ! Ecoute !. « Le patron avait des idées très innovantes. Il voulait casser les codes du marché, remplacer la notion de handicap par celle de plaisir de l’audition. Ils ont investi des sommes colossales mais c’était trop visionnaire. Ce marché évolue lentement et les audioprothésistes n’ont pas compris le concept. J’ai vu la boîte monter en flèche, puis chuter », se souvient Guillaume, qui avait pour mission de rédiger le manuel opérationnel de la franchise.

Comme sa compagne, enseignante, avait été mutée à Clermont et qu’un petit Victor s’annonçait, après huit mois de mission parisienne, il trouve plus sage de goûter à la vie auvergnate. L’opportunité se présente : rencontre d’associés potentiels, reprise d’un magasin de 150 m² en centre-ville, où il développe un concept proche de ce qu’il avait connu à Paris, imagine un marketing original, par exemple en fréquentant les salons du bien-être. Ça fonctionne. En cinq ans, il fait grimper le chiffre d’affaires, rajeunit la clientèle, travaille avec cœur. « Les problèmes de l’audition sont plus importants qu’on ne croit, explique-t-il. 80% des gens qui ont besoin de prothèses ne sont pas équipés. Les freins sont psychologiques, financiers et techniques. On n’imagine pas toutes les conséquences d’une mauvaise audition : performances au travail, conflits familiaux… »

Cependant, Guillaume a l’impression de travailler pour ses associés plus que pour lui-même. Il veut monter au capital. Ils refusent. Conflit. Guillaume part, dans la douleur.

« Beaucoup d’espoir »

Il rebondit en créant Hearwear Project. « Chez Ecoute ! Ecoute !, j’étais tombé par hasard sur le catalogue d’une expo à Londres, qui présentait les recherches en cours sur les technologies de l’audition, des trucs de fou pour augmenter la capacité et la précision de l’audition, même pour des personnes sans handicap. Ça s’appelait ‘Hearwear, the future of hearing’. Ça m’avait beaucoup plu et à l’époque, j’avais déposé le nom de domaine ‘HearwearProject’, sans savoir ce que j’en ferai au juste. »

Hearwear Project ressort des cartons au printemps 2013, pile au moment de l’ouverture d’Epicentre Cowork. Guillaume n’imaginait pas travailler à la maison. Il s’installe en même temps que les premiers meubles. Il y fait plein d’adeptes de casques audio performants, d’un grand secours pour les coworkers qui n’arrivent pas à se concentrer quand ça papote autour. Il rencontre des « cultureux » et rêve de lancer des projets en lien avec la musique. Mais surtout il développe son double projet de consultant et formateur pour la filière de l’audition. Il décroche un premier marché avec un distributeur fort d’une trentaine de magasins, pour lequel, sur un an environ, il réalise un diagnostic sur le mode participatif et identifie des axes d’amélioration. Un gros boulot qui explore l’organisation et les conditions de travail, la communication, la coordination, la gestion du temps, la formation, la stratégie. Avec la crédibilité et la confiance qu’inspirent ses compétences d’auditien.

Hearwear Project est aussi le support d’un projet aujourd’hui bien avancé : le fameux serious game dont il nous parle depuis quelques mois. Ce jeu vidéo va permettre aux audioprothésistes d’évaluer leurs compétences et de se former. Il les promène dans un magasin virtuel et les met en situation dans tous les aspects de leur métier : audiologie, technique des appareillages, relations humaines et commerciales et même sur les questions en lien avec l’administration, les aides, les règles de la Sécu… « C’est un travail monstrueux », reconnaît Guillaume, qui s’y emploie depuis juin et espère avoir le produit fini en avril prochain.

Tout ça conçu à partir d’Epicentre, son QG, que Guillaume fréquente épisodiquement – entre ses déplacements de consultant – mais avec grand bonheur : « Je suis tombé amoureux du projet et j’admire les fondatrices, qui portent ça avec une certaine classe. Epicentre m’a aussi aidé à me sentir bien à Clermont. J’aime le côté humaniste du projet, qui véhicule autre chose que le consumérisme. Notre génération a besoin de ce type de projets, pour qu’on se réapproprie l’économie de notre pays et la vie d’un territoire. Ça me semble plus efficace que de faire de la politique et ça apporte beaucoup d’espoir. »

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