Page title

Page subtitle

Le papillon du numérique

Le coworker du mois#7 : Jean-David Olekhnovitch

Et hop, on poursuit les rencontres. Jean-David, alias JD ou JDO, est un pionnier touche-à-tout. Y compris du coworking. Portrait d’un pur auvergnat… comme son nom ne l’indique pas.

"L'usage du numérique m'intéresse plus que le numérique en soi, qui n'est qu'un outil."

« L’usage du numérique m’intéresse plus que le numérique en soi, qui n’est qu’un outil. »

Si vous aviez dans l’idée qu’il faut être matheux pour devenir informaticien, Jean-David peut vous détromper. « Il suffit de savoir compter jusqu’à un, plaisante-t-il avec cet esprit qui adore cultiver les paradoxes du métier. Certes, j’ai l’esprit logique, mais j’ai décroché un bac C avec des notes au-dessous de la moyenne en maths, en physique et en sciences naturelles. Par contre, j’ai toujours aimé écrire. »

Les études ne l’ont jamais beaucoup intéressé. Il avait mieux à faire. L’histoire commence un peu comme celle d’Emmanuel. « Ma vocation est née à Noël 1984 », annonce-t-il d’emblée. A 11 ans, il trouve au pied du sapin un ordinateur, à une époque où la plupart des Français n’en ont même jamais vu.

Dès lors et jusqu’à aujourd’hui, Jean-David bidouille. D’abord sur son archaïque Oric. Deux ans plus tard apparaît le minitel. Les plus de 20 ans se souviennent du 3615 ou des affiches du minitel rose. Mais qui savait à l’époque que des bricoleurs curieux de technologie créaient dans leur coin des mini-serveurs et échangeaient entre eux ? « Le virus a pris à ce moment-là. J’étais connu pour être le plus jeune de cette communauté. C’était très rigolo. J’avais des correspondants un peu partout. J’ai infligé à ma famille des notes de téléphone faramineuses ! », raconte-t-il.

Auteur de vingt livres

La troisième étape est un club informatique local. Puis un DUT décevant. Sauf qu’il y découvre les balbutiements de l’internet, ce qui réactive son intérêt pour le sujet. Comme job d’étudiant, il écrit pour un éditeur parisien des livres de vulgarisation informatique. « J’en ai publié une vingtaine pendant la durée de mes études. » Il enchaîne avec l’ISIMA, école d’ingénieurs cise aux Cézeaux.

A propos des Cézeaux, évacuons la géographie puisqu’elle est toute simple. Malgré des origines qu’on devine très à l’est, JD n’a jamais quitté la région de son Clermont natal. Pas complètement par choix, mais par les aléas de la vie et d’abord de la vie de famille.

Revenons à l’histoire, au moment de l’entrée dans la vie professionnelle. Quasiment en claquant des doigts. « J’ai été repéré par un gars du club informatique. » La deuxième expérience, en 1999, le marque davantage. Style de France : une start-up qui exportait de l’artisanat d’art français aux Etats-Unis. Il en est le premier salarié, chargé de l’aspect technique. Dix-huit mois plus tard, ils sont vingt-cinq mais ça s’arrête du jour au lendemain, quand les financeurs décident que la rentabilité n’arrive pas assez vite. L’époque des investissements naïfs, dans ce nouvel eldorado technologique, a fait son temps. Jean-David garde de l’expérience des leçons qu’il n’oubliera pas (ou presque). « Ça m’a appris que l’usage du numérique m’intéressait plus que l’informatique en soi. Ce n’est rien d’autre qu’un outil, qui me permet de franchir des ponts vers d’autres univers. En l’occurrence à Style de France, j’ai découvert la décoration intérieure. »

Management et agilité

Le licenciement le conduit à l’indépendance. Jean-David crée Ecoms, sa société de consultant et de services informatiques aux entreprises. L’art de surfer sur la vague quand elle atteint ses sommets. Il participe aussi à d’autres projets, comme la création de Thelia, une application de commerce électronique qui n’a pas encore terminé aujourd’hui sa belle ascension. « J’aime papillonner. Mon mode de fonctionnement, c’est d’aller d’un projet à un autre et d’essaimer l’expérience acquise. Je n’aime pas m’enfermer dans un carcan. »

Il y aura pourtant des exceptions. En 2008, il entre chez Prizee. Le site de jeux en ligne né à Clermont-Ferrand compte déjà cent trente employés et JD y dirige une équipe de cinquante personnes. « Le défi était de faire travailler ensemble des techniciens très rationnels et des créatifs. J’y ai expérimenté pour la première fois les méthodes agiles. Mais j’ai aussi dû sortir de ma zone de confort en prenant une casquette de dirigeant ; j’en ai conservé une vision très négative du management. »

Le bon côté du négatif, c’est qu’il en tire de nouvelles idées. Au sortir de Prizee, il fonde le tout premier espace de coworking de Clermont, le WAI ou Web auvergnat indépendant. « J’étais convaincu que l’avenir favoriserait les petites structures indépendantes à forte plus-value, avec la vocation de s’associer entre elles sur des projets. Il fallait pour cela créer un lieu identitaire, sortir de l’isolement, casser les routines. » Encore une expérience et encore des erreurs dont il va tirer des leçons. « J’ai oublié un de mes fondamentaux : l’informatique n’est qu’un outil. Des informaticiens entre eux, ça n’amenait pas grand-chose. Ça n’a pas du tout marché. »

Décalages

Il n’empêche, JD développe son réseau et entre autres, croise Emmanuelle et Clémentine. Il saute sur l’occasion pour jouer son rôle d’abeille pollinisant ses retours d’expérience. Il compte parmi les fondateurs d’Epicentre. « Je croyais toujours au coworking mais j’avais compris qu’il devait être transverse. Ça m’intéressait de transmettre ça et je les ai convaincues d’accueillir les profils numériques avec les gens de la culture. J’ai eu aussi un coup de cœur pour la dimension sociétale du projet. »

Jean-David : un coworker discret mais qui sait s'entourer.

Jean-David : un coworker discret mais qui sait s’entourer.

Au début, Jean-David participe pourtant de loin. Entretemps, il a de nouveau mis en veilleuse son caractère d’électron libre pour accepter la direction, en 2010, de l’équipe informatique commune aux deux universités clermontoises. De l’institutionnel dans toute sa splendeur. Mais un défi qui l’attire : monter de toutes pièces un data center, bâtiment compris. « C’est une opportunité qui n’arrive pas deux fois dans la vie d’un informaticien », justifie-t-il, pour expliquer qu’il se retrouve pour quatre ans à la tête de vingt-cinq personnes. « Je me suis trouvé en complet décalage entre les lourdeurs que je vivais à l’Université et le projet Epicentre auquel j’essayais de contribuer autant que je pouvais, car il correspondait à ce que j’attendais depuis longtemps. Ça a beaucoup joué dans le fait que je n’aie rien tenté pour faire renouveler mon contrat. »

De la technique à l’humain

L’autre raison, c’est qu’il a aussi repris contact avec des copains de l’époque d’Ecoms. Joël et Fred ont fondé Scopika en 2007. « Ça correspondait à ce que je recherchais : une possibilité de télétravail et l’envie de travailler différemment. C’est la seule agence web en Auvergne structurée en coopérative. On passe beaucoup de temps à discuter mais on ne subit pas de hiérarchie. » Ils ne doivent même pas rédiger de fiches de poste, à en juger par l’hésitation de Jean-David, quand on lui demande ce qu’il y fait depuis qu’il a intégré l’équipe, en octobre 2014. « En théorie, un tiers de conduite de projets, un tiers de développement de la structure et un tiers de conception de nouveaux produits à proposer à des clients. En pratique, la conduite de projets a pris le dessus pour l’instant, car la demande ne manque pas », reconnaît-il. Mais il apprécie la volonté partagée de faire croître la Scop sans perdre les valeurs initiales. « Un vrai défi. »

Des défis, il lui en reste plein dans sa besace de papillon. « L’écriture reste un vieux fantasme non abouti », lâche-t-il en balayant d’un revers ses publications techniques de l’époque étudiante et en jetant un œil sceptique vers son blog en semi-jachère. Evidemment, traîne toujours le projet de s’offrir une expérience internationale. A Epicentre, il se dit impatient de voir mûrir un fonctionnement plus collaboratif entre coworkers. Et pour tout dire, ses rêves le pousseraient vers la sortie, un jour, des boulots techniques, pour aller vers plus d’humain. « J’ai suivi récemment un stage de PNL (1). Ma première formation hors de l’informatique », confie-t-il. Eh oui ! Trente ans avec les mains (et la tête) dans la technique, manifestement, n’arrivent pas à le tenir à distance d’un retour aux sources… Il se marre en l’avouant : « Mon père était psychanalyste ! »

(1) Programmation neuro-linguistique. Pour se faire une idée du sujet : ici.

1 Commentaire

  • Eric Marguin 19 mars 2015 - Répondre

    Chouette article ! Juste une remarque : il existe une autre agence web formée en SCOP dans la région, Code Couleurs (je suis un des coopérateurs). Mais on existait pas en 2007 😉

Laisser un commentaire