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Lyon, Berlin, Londres… et pourquoi pas Clermont-Ferrand ?

Le coworker du mois#11 : Laëtitia Chaucesse

Elle est la voix et la cheville ouvrière de notre émission Système Co. On la connaît en animatrice de tables rondes, avec talons hauts, vestes tailleur et indispensables boucles d’oreilles. On adore son rire communicatif. Mais tout ça ne laisse pas forcément deviner les méandres inattendus de son parcours. Le temps d’enfiler le treillis et les rangers et on part sur ses traces !

Ce sourire presque permanent raconte son plaisir à participer à un projet qui donne du sens à son parcours.

Ce sourire presque permanent raconte son plaisir à participer à un projet qui donne du sens à son parcours.

« Quand j’ai découvert Clermont, j’ai détesté cette ville ; je pensai m’y installer pour peu de temps. Puis je m’y suis attachée, j’y suis restée. Ensuite, quand j’ai rejoint Epicentre, j’ai senti que c’était le projet que j’attendais pour donner du sens à mon parcours. »

Aveu paradoxal au regard d’une trajectoire commencée sur le mode international, voire parfois étonnamment aventureux. Le premier moteur de Laëtitia, ce sont les langues étrangères, surtout l’allemand qu’elle découvre en CM2 et qui la pousse dès 15 ans à quitter le cocon familial roannais pour s’inscrire dans un lycée international à Lyon. Armée d’une trousse à outils et d’un nécessaire de couture offerts par sa mère, de l’appréhension de son père et du soutien de ses deux parents, elle expérimente l’autonomie dans une résidence pour étudiants et jeunes travailleurs. « J’ai des souvenirs géniaux du lycée : il y avait une grande diversité culturelle ; je rencontrais de nouveaux amis. J’ai fait beaucoup de voyages en Allemagne. Travaillé aussi l’anglais et l’espagnol. C’est là que j’ai commencé à penser au journalisme, pour les rencontres, pour l’accès privilégié aux coulisses des événements. »

Laëtitia suit son idée, tente et réussit Sciences Po Lyon. Pas très enthousiaste sur le cursus, mais elle y fait quelques belles expériences. Notamment la participation à L’Ecornifleur, le journal de l’école. « On faisait tout de A à Z. J’ai appris les bases du métier, sous la direction de mon premier mentor, Bernard Fromentin, un ancien de Libé. Je me souviens de moments forts, par exemple d’avoir interviewé Jean-Christophe Ruffin. J’étais aux anges ! » Et un premier contact avec la radio, lors d’un stage à NRJ à Reims. Son année de césure, comme une évidence, se passe en Allemagne : faute d’un stage en radio, elle est accueillie à l’Institut culturel français de Francfort, où elle gère la médiathèque. Par contraste, la spécialisation en journalisme de sa dernière année lui semble « une vaste blague » : on lui apprend la théorie de ce qu’elle a déjà mis largement en pratique. Quand même, elle se souvient avoir complété son expérience en participant à un concours avec le magazine L’Express pour préparer un supplément régional ; elle expérimente les tensions et les ego d’une rédaction, s’éclate sur des sujets culturels et gagne des billets d’avion, qui attendront le moment opportun pour servir.

Voyage à la source

Car pour l’heure, Laëtitia a envie de passer des concours d’écoles de journalisme, tout en envisageant de repartir au-delà des frontières. Le besoin de travailler son anglais la pousse à poser sa candidature pour des écoles londoniennes et elle se retrouve en Master de Journalisme international à la City University. « Une école très bien cotée et cosmopolite, avec soixante nationalités. Ma meilleure année d’études. C’était un enseignement fondé sur la pratique. Et j’adorais être à Londres. » Elle multiplie les stages et les piges : au service Afrique de la BBC, au Guardian, à Open Democracy et rédige des critiques de spectacles pour un magazine en ligne, ce qui lui permet d’aller tous les soirs au théâtre.

C’est une période où Laëtitia se passionne sur un sujet : celui des migrants. Elle ne manque pas une occasion de travailler sur le sujet, d’aller interviewer des associations. Et pour le documentaire radio qu’elle doit préparer en fin d’études, elle a l’idée d’utiliser les billets d’avion gagnés un an plus tôt pour aller enquêter à la source. Une semaine au Sénégal dans des conditions très roots, mais de belles rencontres avec des mères qui s’organisent contre l’exode des jeunes.

Jeeps et porte-avions

En média-training au large de l'Ecosse. Si, si, c'est bien Laëtitia !

En média-training au large de l’Ecosse. Si, si, c’est bien Laëtitia !

Et puis il faut passer à la vraie vie active. Ça ne se passe pas exactement sur les moquettes feutrées des studios d’Arte, dont elle rêvait peu auparavant. « J’avais besoin d’argent et j’avais postulé à tout hasard, à Londres, pour une boîte de média-training qui démarrait. Ils ont trouvé intéressant d’avoir des profils internationaux et ils m’ont engagée. » L’entreprise est spécialisée dans ce qu’ils appellent « services d’urgence » : militaires, police, pompiers, etc. Lors de leurs phases d’entraînement, elle ajoute la dimension communication : ça consiste à participer à des simulations d’opérations de guerre et y jouer le rôle de journalistes embarqués, pour entraîner les militaires à réagir, à s’exprimer, à communiquer dans les moments de crise. Des missions très bien payées, qui lui laissent aussi du temps libre. Mais qui ne sont pas de tout repos. « Je participais à des manœuvres, des préparations à l’Afghanistan. J’ai passé deux semaines sur un porte-avion au large de l’Ecosse. J’ai pris l’hélico comme on prend le bus, j’ai passé des nuits en jeep à attendre des attaques et à bouffer des rations horribles. Et parfois j’ai bien cru que je ne survivrais pas. Comme cette fois où on nous a fait passer d’un bateau à un autre, engoncés dans des combinaisons de survie impossibles, par des petites échelles et des zodiacs, dans une mer trop démontée pour faire voler un hélicoptère. A l’époque j’étais assez inconsciente, mais aujourd’hui, je ne le referais pas ! »

L’aventure dure deux ans. Entretemps, Laëtitia s’est réinstallée à Lyon, a vaguement commencé un travail de recherche en sociologie (sur des femmes émigrées à Vaulx-en-Velin) mais continue à se chercher une voie. On est en 2007. Avec son compagnon de l’époque se forge le projet de s’installer en Allemagne. D’abord deux mois à Berlin. « J’avais deux activités : jouer du violoncelle, que je venais de commencer à pratiquer à Lyon, et rencontrer tous les journalistes français de Berlin, car c’est ce que je voulais devenir. Un seul, Bertrand Galichet, correspondant de Radio France, m’a tenu des propos honnêtes et a essayé de me décourager. »

Laëtitia suit ensuite son copain, nommé à Sarrebrück. Rien de bien excitant. Des piges. Les allers-retours en mission sur les navires de guerre continuent. Un peu de travail à Radio France à Nancy. Ensuite un petit détour par Paris : un poste ennuyeux à Radio Classique. Puis notre baroudeuse se décide à postuler dans les locales de Radio France, dans toutes les villes qui l’intéressent. « Y compris à Clermont parce que mon copain avait des perspectives de travail à l’Université. Pourtant je n’avais pas aimé cette ville. Et bien sûr, c’est là que j’ai été retenue. Et j’y suis encore, six ans après ! »

Un projet qui fait sens

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Loin des porte-avions, Laëtitia a trouvé à Clermont son port d’attache : en version studieuse…

Dont deux ans comme pigiste à France Bleu Pays d’Auvergne. « Une belle expérience, qui aurait dû me conduire ensuite à m’inscrire au planning national, pour devenir titulaire. Mais je m’étais attachée à Clermont ; j’avais aussi un projet de bébé. Et du coup j’ai abandonné la radio. »

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… et en version musicale.

Période de doute. « Je le vivais comme un échec. » Mais elle rebondit dans deux directions : le média-training d’une part, cette fois pour de grandes entreprises, dont un gros contrat avec Alstom qui la fait voyager un peu partout dans le monde ; d’autre part dans la diffusion de projets musicaux, activité pour laquelle elle crée son autoentreprise. C’est dans ce cadre, alors qu’elle cherche un bureau, qu’elle se fait recommander le projet Epicentre par une certaine Marie-Pierre avec qui elle travaille… Et que tout prend alors du sens. « Ça faisait longtemps que j’avais envie de m’engager dans une association car il me manquait quelque chose de l’ordre de l’engagement. Le projet d’Epicentre, puis mon intégration à Cultures Trafic, me donnent l’impression d’avoir trouvé cet engagement, dans une logique de construire et de pérenniser quelque chose. » Peu à peu, le projet professionnel a bougé ; elle a abandonné l’artistique, renoué avec le média-training, goûté aux joies des appels d’offre… Le projet associatif complète les perspectives, tout en lui permettant, grâce à Système Co, de garder un lien avec la radio. « Ce que j’aime à Epicentre, c’est l’enrichissement permanent ; ça me rappelle mes études et j’ai envie de ne jamais arrêter d’apprendre. »

Alors, définitivement ancrée en Auvergne, notre baroudeuse ? « J’ai encore la bougeotte. Je me vois bien faire un break à l’étranger, peut-être pour un an, comme un projet familial, pour faire découvrir autre chose à mon fils. Mais c’est sûr, Clermont restera le port d’attache. »

1 Commentaire

  • Sébastien GODOT 17 juillet 2015 - Répondre

    Que du bonheur de te découvrir Laetitia à travers ce portrait et bravo au rédacteur pour la qualité de sa plume…

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