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Mille métiers, cinq cents post-it et un drone

Le coworker du moment#12 : Sébastien Godot

Après quelques mois d’interruption et l’arrivée d’une nouvelle et spontanée génération de Lumineux Epicentristes, nous reprenons le fil de notre série de portraits. Pour apprendre à mieux se connaître et à appréhender le profil type, quoique toujours singulier, du coworker. Et pour (re)commencer, embarquons pour une rencontre de haut vol !

Sébastien et son drone, cœur d'une activité qui lui fait croiser ses diverses passions : le pilotage, la photo, les rencontres humaines...

Sébastien et son drone, cœur d’une activité qui lui fait croiser ses diverses passions : le pilotage, la photo, les rencontres humaines…

A Epicentre, on l’appelle « El Perturbator », tant son humour désinvolte semble parfois envahissant ou troublant. Le surnom est pourtant affectueux, car cet humour s’accompagne d’une gentillesse et d’une bienveillance universellement appréciées. Des qualités qui se sont frottées à quantité de situations, car Sébastien Godot est passé par mille métiers avant d’arriver à Epicentre, en septembre 2015, avec sous le bras un drone, une société fraîchement créée et son indéfectible bonne humeur.

Mille métiers, parce que Sébastien, qui se rêvait architecte ou aviateur, a toujours eu « une sainte horreur de l’école », qu’il a quittée tôt, aussi parce qu’il était davantage dans la culture familiale de gagner sa vie que de faire des études. Du coup, dès la troisième, il expérimente un apprentissage de mécanicien auto, tient deux mois, revient étudier la compta « par défaut », ira jusqu’au BTS mais sans passer le diplôme. « J’ai mis longtemps à assumer que je n’avais pas le bac, confesse-t-il. En fait jusqu’à mon expérience marocaine, il y a trois ou quatre ans, quand je n’ai plus eu besoin de justifier de mes compétences. »

A 17 ans, il a définitivement tourné le dos à sa scolarité et entame une carrière en forme de série à la Prévert : livreur, pizzaïolo, vendeur, formateur, dessinateur pour un architecte, accompagnateur de voyages… Il égrène la liste sans conviction. « La plupart étaient des boulots par défaut, de courte durée, mais qui m’ont permis d’alimenter ma curiosité et d’enrichir mon expérience. » Cette première vie se passe à Avignon, dans un environnement difficile. Aussi, quand il décroche une embauche à Paris, à 21 ans, qui plus est après s’être relevé d’un grave accident où il a presque laissé la vie, c’est comme une seconde naissance. Recruté par Décathlon en à peine une semaine, il y reste trois ans et peut, grâce à la formation interne, grimper des échelons. Avant de suivre chez Orange le « mentor » qui l’avait fait venir, puis d’abandonner Paris, dont il se lassait, mais où il a quand même passé quatre ans à faire la fête sans modération.

Logistique, anchois et aventure marocaine

Retour à Avignon. Et bientôt, enfin, un job passionnant. Sébastien est embauché dans une entreprise de transport, comme livreur, puis très vite chargé de l’affrètement, autrement dit, d’organiser la livraison de marchandises pour le compte des clients. « Ça partait partout dans le monde. J’avais tous les jours vingt à trente interlocuteurs différents et il fallait quoi qu’il arrive trouver une solution. J’ai adoré ça ! », explique-t-il, avant de raconter un souvenir, parmi plein d’autres : « Un vendredi soir, un ancien pilote de Formule 1 organise une fête chez lui, à trente kilomètres d’Avignon. On avait son champagne à livrer et impossible de trouver quelqu’un pour le faire. J’ai fini par prendre ma voiture et effectuer moi-même la livraison… »

Portrait du pilote en photographe portraitiste...

Portrait du pilote en photographe portraitiste…

Quatre ans plus tard, il subit un licenciement économique. Nous sommes en 2008. Encouragé par un de ses clients, qui veut continuer à travailler avec lui, il monte sa boîte de logistique, loue un entrepôt, s’essaie au e-commerce et… met la clef sous la porte en deux ans, reconnaissant qu’il n’a pas été bien prudent dans cette aventure.

Peu importe, car sa quasi unique cliente, riche héritière des anchois « La Monégasque », a une affaire à lui proposer, qui va s’avérer la deuxième belle histoire de son parcours. Il s’agit de développer, pour une des diverses entreprises de cette dame, des projets d’investissements énergétiques au Maroc, plus particulièrement dans des dispositifs de pompage solaire liés à des projets d’irrigation, pour améliorer le rendement de terres agricoles. « J’ai kiffé parce que les gens, là-bas, bouffaient tout le temps », résume Sébastien dans un raccourci malicieux, qu’il faut traduire par l’idée d’un accueil chaleureux, où les interlocuteurs, même démunis, ne manquaient jamais de l’inviter à des repas royaux. Ambiance qui contraste avec Avignon, « où le tissu social est dur, où on ressent la tension, la violence… » Sébastien s’installe, s’entoure de trois ingénieurs et d’apporteurs d’affaires. Il enchaîne les expériences passionnantes où contrastent des rencontres dans les milieux paysans et d’autres avec des ministres, des généraux, le petit monde des expatriés et des ambassades. « Ces expériences ont marqué mon parcours comme les cailloux du Petit Poucet et je les ai toujours vécues pleinement, en ayant conscience de leur richesse », relève-t-il.

« Clermont m’a bluffé »

Le seul caillou qui coince dans sa chaussure, c’est l’associé marocain de sa patronne, qu’il a constamment sur le dos, qui ne l’accepte pas et joue en permanence le rapport de force. Cet important personnage finit par faire déborder le vase. Sébastien mène quand même jusqu’au bout un projet qui lui tient à cœur, celui d’un appel d’offres pour l’électrification du réseau de l’armée marocaine – « le seul contrat à plus d’un million d’euros que j’aie jamais remporté » – puis jette l’éponge.

Outre la violence de l’associé, un autre fait entre en compte : il vient de rencontrer Claire. Elle est Parisienne mais travaille pour une société de Manchester, qui l’a détachée à Clermont-Ferrand après avoir décroché un contrat avec Michelin. Le 5 septembre 2013, Sébastien débarque pour la toute première fois en Auvergne, avec une unique valise… pour s’y installer, définitivement affirme-t-il. « J’ai gardé mon billet de train ! J’ai été bluffé : ici tout est simple, les gens sont gentils, on mange bien, tout semble à portée de main… J’ai découvert la montagne, toute proche, accessible. J’ai vécu les premières neiges… Et je me suis dit que c’était là que je voulais vivre. »

Epicentre ? ça galvanise !

Un premier boulot vite trouvé : agent de voyage. CDD d’un an, principalement pour s’occuper de visas pour des cadres Michelin. Ambiance délétère car tout est sous contrôle, jusqu’à la pause pipi. C’est peu dire que Sébastien n’apprécie pas. Mais il a plein de projets dans la tête : une affaire d’importation d’épices, une sorte de tiers-lieu-lavomatic, une activité autour du drone…

... Et en générateur de bonnes idées.

… Et en générateur de bonnes idées.

C’est finalement cette dernière qu’il décide de développer. Parce que la plus réaliste. Et aussi parce qu’elle réunit tous les ingrédients pour le motiver, répondant à sa passion pour l’image, à son goût des rencontres, à son intérêt pour la photographie… En janvier 2015, son contrat chez le voyagiste terminé, il se lance. Il faut s’entraîner à piloter, ce qui nécessite entre autres une perception affûtée de l’espace. Il faut démêler les arcanes obscurs de la législation sur le sujet. Il faut appréhender un marché qui n’existe quasiment pas encore… Un soir, dérouté devant son mur couvert de cinq cents post-it, il appelle à la rescousse son copain Pierrick, qui l’a entraîné depuis quelques mois aux réunions d’A-Cube. Pierrick va l’accompagner dans la mise en œuvre d’un « lean-canevas » qui lui permettra d’avancer plus sereinement. C’est aussi grâce à cette association de coachs agiles qu’il croise le projet d’Epicentre et finit par décider de s’y installer, comme une évidence. « Epicentre, c’est un moteur : il y a une dynamique, le sourire. Ça galvanise. C’est ce dont j’ai besoin. »

La société Ekodrone est née en septembre 2015. Et dans Ekodrone, nom trouvé une semaine avant le dépôt des statuts, il faut entendre « co », pour collaborer, coopérer, communauté. Son entreprise, qu’il pilote en solo, propose aussi bien d’embarquer les appareils de professionnels de l’image que de réaliser les images aériennes pour les clients. « Ce qui me motive, c’est le contenu, les images, le pilotage pour trouver un bon angle. Je vais travailler à filmer des parapentes… Les suivre dans leur vol, c’est génial ! », lance-t-il avec des étoiles dans les yeux. Et parce qu’il est persuadé que la meilleure des situations, c’est de se trouver « seul dans un environnement pluriel », il est en train de rencontrer et de fédérer les acteurs régionaux du secteur.

Ekodrone a à peine trois mois mais de belles perspectives. Car son fondateur l’affirme : « Je crois très fort à l’avenir des drones. »

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