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Une énergie rock’n’roll

Le coworker du moment#13 : Nathalie Miel

En cadeau de Noël, un portrait tout en musique ! Alors que le Damier vient de réunir ses adhérents et partenaires dans un forum prospectif collaboratif brillamment animé, durant un jour et demi, par les girls de Cultures Trafic (bel exemple de collaboration entre structures épicentristes), faisons mieux connaissance avec sa directrice.

Avec son envie de faire plaisir et son incapacité à dire non, Nathalie a su redonner au Damier, en un an, du sens et des perspectives d'avenir.

Avec son envie de faire plaisir et son incapacité à dire non, Nathalie a su redonner au Damier, en un an, du sens et des perspectives d’avenir.

Il faut de l’énergie pour débarquer à la tête d’une association de quarante entreprises disparates, qui plus est lorsque cette structure est restée sans pilote pendant un an et demi avant votre arrivée. Il faut de l’énergie pour redonner une dynamique collective au « machin » en à peine une année. Il en faut d’autant plus quand, de son propre aveu, on a comme principal défaut de « ne pas savoir dire non ».

De l’énergie, Nathalie Miel n’en manque pas. Et heureusement, on peut sans se tromper affirmer qu’elle « connaît la musique », au sens propre comme au sens figuré.

La structure en question, c’est le Damier : une grappe d’entreprises auvergnates spécialisées dans la musique, l’audiovisuel et les médias. On y retrouve des agences de communication, des labels musicaux, des producteurs de films, un loueur de minibus pour tournées d’artistes, une salle dédiée aux musiques actuelles… et même Epicentre Cowork, qui héberge les bureaux du cluster en question. Le but est de favoriser le développement des adhérents, de les accompagner dans leur structuration, de monter des projets communs, de mener des actions de lobbying… Beau défi à relever pour Nathalie, qui a saisi en 2014 cette occasion de revenir aux sources auvergnates.

Du groupe Quidam au Conseil supérieur des Musiques actuelles

Nathalie a grandi à Montluçon, avant de poursuivre à Clermont des études d’anglais, suivant les traces d’un père prof. Sauf que d’autres voies s’ouvrent. L’étudiante est déjà passionnée de musique – « Vraie de vraie inconditionnelle des Beatles », elle écoute du rock anglais vintage, les stars de Woodstock, le groupe Oasis, ce qui la démarque de ses camarades. Elle avoue ne pas avoir été une étudiante sérieuse, passant plus de temps à « boire des blancs aux Gourmets avec les potes », à pratiquer le théâtre au Service Université Culture, à profiter de la vie clermontoise. Et à encourager un ami d’enfance qui avait monté son groupe, Quidam, dont elle s’improvise manageuse. Le projet de devenir prof s’estompe. Nathalie empoche quand même sa licence, puis cherche une formation plus adaptée à ses envies. Elle part à Lille passer en trois ans un Master en ingénierie artistique et culturelle (« Je suis donc ingénieure », relève-t-elle avec une pointe d’autodérision). Le moment n’est pas anodin : elle débarque dans le Nord en 2004, pile au moment où la métropole des Flandres vit son année « capitale européenne de la culture ». « C’était complètement dingue d’être là à ce moment-là », se souvient-elle, précisant s’il était besoin qu’elle a énormément profité de tout ce qui tournait autour du théâtre et de la musique dans ce tourbillon.

Elle fait quand même son premier stage au Centre Info Rock à Clermont – l’occasion de rencontrer celui qui allait devenir son compagnon – puis le deuxième au Grand Mix, une scène musicale de la métropole lilloise qui défend une ligne originale autour des « indés », et qui l’enthousiasme au point qu’elle y devient bénévole.

Son dernier stage aurait dû représenter le tremplin de sa carrière. Elle s’installe pour six mois à Paris, à l’IRMA (le centre d’Information et de Ressources pour les Musiques Actuelles). Le ministère de la Culture lançait un Conseil supérieur des Musiques actuelles, organe réunissant les professionnels de la musique, l’Etat et les collectivités. Nathalie est en charge de la cellule d’appui à la création de cette institution : une mission plus politique que les expériences de terrain vécues jusque-là, mais tout aussi passionnante. Cette mission devait déboucher sur la création d’un poste, qui lui était naturellement dévolu. Sauf que… changement de ministre et hop ! le poste part aux oubliettes.

Plongée dans le trad

Suit une « période Poulidor » de six mois : elle postule à divers postes, suscite l’intérêt mais finit toujours deuxième… Jusqu’au jour où, grâce au réseau tissé au fil du parcours, elle reçoit un coup de fil de quelqu’un qui connaît quelqu’un. « Je n’ai même pas eu d’entretien à passer ! J’ai commencé deux semaines plus tard. » Toujours à Paris, il s’agissait d’un poste de coordinatrice de Zone Franche, le réseau national des musiques du monde. Encore une belle expérience et une ouverture sur d’autres horizons musicaux.

Mais Nathalie goûte peu la vie parisienne. Le souci, c’est que son compagnon et elle ont des compétences proches et dans ce milieu très étroit des réseaux musicaux, il n’est pas facile de trouver deux emplois dans le même coin, hors de la capitale. La chance joue en leur faveur. Trois jours après que Franck a pris son poste à Dinan Communauté, Nathalie se fait recruter à Drom, une sorte d’Académie musicale dédiée aux musiques modales : entendez ces musiques issues de traditions ancestrales qui utilisent le quart de ton et autres subtilités que les sept notes et cinq demi-tons du piano classique ne savent pas retranscrire. L’idée est de transmettre des techniques et traditions qui sont encore très vivantes en Bretagne, mais aussi de les croiser avec les enseignements des grands maîtres d’autres régions de France, de Navarre, du bassin méditerranéen, voire de bien plus loin. « Une sacrée découverte », reconnaît Nathalie, qui se retrouve au cœur d’un courant trad plus présent en Bretagne que n’importe où, vécu comme une culture vivante, aussi ouverte et actuelle que le rock et autres musiques amplifiées. Drom est dirigé par Éric Marchand, une des grandes figures de ce courant, et Nathalie apprend beaucoup à son contact. « Être une fille, pas Bretonne et pas musicienne aurait dû constituer un gros handicap, mais j’ai été très bien acceptée ». Une période fascinante mais intense, entre beaucoup de télétravail à Dinan, des bureaux à Brest et l’Académie proprement dite à Lanrivain, « un bled avec quatre baraques en plein cœur de Bretagne », résume Nathalie. Sans parler de mémorables voyages à l’étranger pour développer les partenariats.

Il faut croire que travailler pour les musiques trad, ça renvoie à son identité, au sens que peuvent prendre les origines. La petite famille finit par envisager de revenir en Auvergne. Le plan, c’était un poste qui se profilait pour Franck à Clermont-Agglo. Mais Nathalie le devance.

Une machine à relever

Un recrutement est lancé pour la direction du Damier, vacante depuis un an. De passage à Clermont pour Europavox, Nathalie croise Fabrice Borie, directeur adjoint du Transfo, qui lui souffle délicatement : « Tu es l’homme de la situation. » Elle passe l’entretien, est recrutée et prend ses fonctions à mi-novembre 2014. Elle y découvre une situation plus compliquée que la « machine un peu rouillée » qu’on lui avait présentée : gros soucis financiers, adhérents démobilisés, une structure qui se cherche encore après quatre ans d’existence. Elle part bravement au charbon, avec son énergie, sa bonne volonté et son incapacité à dire non. Son écoute attentive et sa réactivité emportent l’adhésion. La machine rouillée repart, les membres reviennent, les projets s’enclenchent. En six mois, le Damier est en mesure de recruter une chargée de développement. Au bout d’un an, un forum prospectif permet de rassembler les acteurs de la filière pour redonner du sens et de l’avenir au cluster.

Pour y parvenir, elle a bénéficié d’un atout qu’elle n’a pourtant pas choisi : Epicentre. « Au départ, j’avais peur de ne pas être capable de concentration dans un open space. Finalement, c’est le contraire. L’aspect humain est porteur et c’est un soutien important dans un tel poste », reconnaît-elle.

Et pour l’avenir ? « Il y a encore beaucoup d’incertitudes quant au financement du Damier », souligne Nathalie. Mais elle préfère s’attarder sur les projets, à commencer par celui de la « Rue créative », dans lequel elle a entraîné Epicentre. « Un projet innovant, qui permet de développer des compétences, de travailler sur l’image de la structure, sur le territoire, les collaborations, l’économie sociale et solidaire… C’est très excitant. » Autant dire qu’elle a encore du travail à faire sur son tempérament si elle veut aussi réaliser son autre vœu : « Arriver à travailler un peu moins… »

Texte : Marie-Pierre Demarty / photo : Sébastien Godot

1 Commentaire

  • Emma 22 décembre 2015 - Répondre

    Bel article! Je voulais juste apporter deux ou trois corrections… En tant qu’administratrice du Damier et qu’initiatrice d’épicentre…

    Le Damier était sans direction depuis mars 2014 et pas depuis un an et demi… La période de flottement nous a semblé longue, mais tout de même…

    Et puis on ne peux pas vraiment dire que ce soit Le Damier qui « emmène » Epicentre dans le projet de rue créative, mais ce serait plutôt l’inverse… Tout est question de point de vue, mais parfois les petits détails ont leur importance, non?

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