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Un doux parfum de mangue à Epicentre

Le coworker du moment#14 : Nishant Therakhadavath

Nous accueillons beaucoup de Clermontois d’adoption à Epicentre, en provenance de Paris, de Lyon, de Montargis… Mais celui qui a fait le plus long voyage pour aboutir jusqu’à la porte de notre cowork est sans conteste Nishant. Un voyage riche en péripéties incroyables, qui commence bien loin de l’Auvergne, sur les rives de l’Océan Indien.

Un informaticien au parcours riche et incroyablement divers...

Un informaticien au parcours riche et incroyablement divers…

Prenez une mappemonde et zoomez sur l’extrême sud de l’Inde, côte ouest. Trouvez la ville de Kochi. Zoomez encore sur cette « petite » cité de 600 000 habitants. Voici la presqu’île de Mattancherry, beau quartier entre l’océan et les backwaters, ces lagunes romantiques qui font le renom de l’Etat du Kerala. C’est ici que commence l’histoire de Nishant, dans une famille aisée, où il a accès aux équipements high-tech, aux consoles dernier modèle et se passionne pour les jeux vidéo. Pas seulement pour jouer, mais pour comprendre comment ça fonctionne…

La première péripétie survient quand il a seize ans. Son père tombe gravement malade et Nishant, aîné de sa fratrie, quitte l’école pour subvenir aux besoins de la famille. Il fait divers boulots, parfois durs, comme décaper la coque de gros navires avec un marteau de 5 kilos. Mais aussi de plus plaisants. Durant deux ans, il est coiffeur et barbier dans les deux salons d’un patron bienveillant, qui aide la famille. « C’était un endroit exceptionnel, qui ouvrait la nuit : les gens venaient se faire coiffer mais en même temps on buvait du thé, on faisait la fête. Les ‘papillons de nuit’ s’y donnaient rendez-vous. L’ambiance était très gaie. J’ai beaucoup aimé cette période », se souvient-il. Comme il n’y est pas toujours à plein temps, il peut préparer et passer son bac. Et espère poursuivre des études.

Cette perspective se concrétise lorsque son petit frère, qui l’a « doublé » dans son cursus, peut prendre le relais. Nishant rêve d’une école d’ingénieur en Australie et entame les démarches. Au cas où, il s’inscrit aussi à la prépa d’une école indienne. Une bonne idée parce que dans l’intervalle, il rencontre une Française, originaire de Moulins mais qui a l’intention de s’installer à Kochi. Nishant met à la poubelle les papiers pour l’Australie et se résout à rester au Kerala. Et puis, s’il n’aime pas dévoiler sa vie privée parfois compliquée, on dira juste qu’au moment où sa compagne éprouve le besoin de rentrer en France, il s’est senti obligé de la rejoindre.

Ferrari, kebab, 3D…

En février 2005, il débarque en France. « J’étais en petite chemise et il faisait hyper-froid. Je me souviens que j’ai trouvé l’aéroport si propre que j’ai eu envie de marcher en chaussettes. Et que j’ai traversé Paris, ville mythique, sans rien en voir, pour aller prendre directement un train… » Destination : Montaigut-en-Combrailles ! Pas vraiment le Paris de ses rêves… « J’y suis resté un an, dans le froid et l’effroi. J’avais envie de rentrer en Inde. Je ne faisais rien », résume-t-il. Sinon regarder en boucle une cassette de Shrek, donner un coup de main à une association culturelle de Saint-Eloy-les-Mines pour son site web et apprendre le français, dans un livre acheté à Pondichéry. Ce qui n’est pas le plus compliqué, car Nishant, qui parle déjà son malayalam natal, l’hindi, le tamoul et l’anglais, a quelques facilités.

Au bout d’un an, il se décide à migrer vers la ville la plus proche, Clermont-Ferrand, qui ressemble à un gros village aux yeux d’un Indien ! Son objectif est de reprendre des études d’informatique. Ses diplômes du Kerala ne peuvent être validés en France et il doit commencer par passer le DAU, l’équivalent du bac. Il enchaîne avec trois années à Grenoble dans un cursus de développeur, en formation professionnelle. Retour en Inde pour un stage de trois mois qui lui permet de revoir sa famille, de travailler sur un programme pour Ferrari, puis sur un projet pour une université virtuelle, qui lui fait découvrir ce qui deviendra sa spécialité : la technologie Microsoft .Net en langage C# (Sharp) et SQL Server.

Retour à Clermont. Même avec son diplôme de niveau bac+5, Nishant ne se sent pas assez sûr de lui pour chercher du travail dans sa branche. Il enchaîne les missions d’intérim : ranger des cartons dans un grand entrepôt de chaussures, livrer des pizzas, se faire avoir par un tenancier de kebab qui ne l’a jamais payé… Il tente aussi de vendre en ligne des bijoux ramenés d’Inde. Et surtout, passe ses heures libres à bidouiller, se former, se perfectionner.

Par exemple, il développe un système de routage d’appels téléphoniques, qu’il finira par laisser tomber car les avancées technologiques l’ont rendu obsolète. Il commence à se spécialiser dans l’imagerie en 3D.

Enfin de vrais boulots

Il finit par se séparer de sa compagne et se décide à rentrer définitivement en Inde. L’appartement clermontois est déjà vidé, lorsqu’il reçoit in extremis un appel : il s’était inscrit à tout hasard sur un site de free-lance anglais ; il y est repéré par un recruteur à Montpellier qui lui propose… un CDI chez Cap Gemini à Aubière ! L’entreprise est très intéressée par son profil. Le voilà bientôt animant une équipe franco-indienne de quarante personnes, avec un pied dans le management et l’autre dans l’informatique. Il travaille à nouveau sur C#Sharp, dans un projet pour le groupe Accor, avec des résultats remarquables. Dommage : en 2012, le client reprend le projet en interne et Cap Gemini propose à Nishant une autre mission qui aurait nécessité de mettre de côté ses compétences en C#Sharp et du coup, de risquer de perdre ce capital.

Cap Gemini, Accenture, Michelin... et aujourd'hui Mango Juice, sa propre entreprise.

Cap Gemini, Accenture, Michelin… et aujourd’hui Mango Juice, sa propre entreprise.

Pas de problème : il décroche un bel emploi pour une filiale d’Accenture. Le client : Michelin. La mission : créer un logiciel permettant de contrôler le cycle de vie d’une machine, pour des usines du groupe aux Etats-Unis et en Inde. « Le boulot me plaisait énormément. On a réussi à avoir zéro bug… C’était très valorisant. »

Encore un retournement comme Nishant en est spécialiste. Au mois d’août, selon la règle imposée par Michelin, le projet se met en sommeil pour trois semaines et le client donne rendez-vous à l’équipe à la rentrée. Nishant se croit en vacances, en profite pour aller voir sa famille. Et découvre au retour qu’il aurait dû prévenir son RH de chez Accenture. Malgré le succès, il est licencié ! Procédure toujours en cours aux prud’hommes…

Retour à la case départ

« C’est là que j’ai décidé de devenir indépendant… » Il passe pour la première fois la porte d’Epicentre. Mais brièvement, car le Kerala le rappelle. Par un ami, il rencontre deux développeurs avec qui travailler à un projet de réalité virtuelle qui lui tient à cœur. « J’y pensais depuis mon arrivée en France parce que ça me manquait de ne pas sentir ma famille plus proche. Avec des lunettes permettant de voir en trois dimensions des correspondants de l’autre bout du monde, on peut avoir vraiment l’impression de les avoir devant soi. Ça peut s’appliquer aussi pour voyager, se relaxer… » Les trois nouveaux associés bossent à fond pendant deux mois… jusqu’à ce que l’un d’eux décroche un super-job et les abandonne. « Il s’est fait embaucher par Accenture, la boîte qui m’a viré ! »

Les deux qui restent tentent bien de continuer, mais l’élan n’y est plus. Ça finit par péricliter, même si l’idée et le travail commencé, cette fois, ne sont pas perdus : le projet est toujours dans les cartons.

Croyez-y ou non, le film à suspense rebondit encore ! Nishant fait la connaissance de Shanti, graphiste et art-thérapeute, parisienne comme son joli prénom ne l’indique pas. Il décide une nouvelle fois de traverser la planète et se réinstalle à Clermont, où elle le rejoint un peu plus tard. Il crée avec elle Mango Juice, repart de zéro, trouve des clients par le bouche à oreille. Et comme il n’arrive pas à travailler à la maison, en février 2015, il revient à Epicentre. « Au début, je cherchais juste un bureau. Mais à l’usage, j’ai beaucoup apprécié l’ouverture, le brassage de gens, les rencontres… »

Des fleurs pour rebondir

L’année 2015 n’a pourtant pas été simple. Deux clients réguliers qui s’avèrent mauvais payeurs… Les nouveaux locaux d’Epicentre où il a eu du mal, au début, à retrouver ses marques et l’ambiance de la rue des Gras… De lourds soucis de santé en fin d’année… Mais il y a aussi du positif : il a l’occasion de développer le site de Ghislaine Caze, une fleuriste parisienne réputée. Et grâce à Epicentre, il rencontre Fouad, qui le recrute pour la création d’une marketplace de services à laquelle ils ont travaillé ensemble depuis septembre.

Aujourd’hui cette mission s’achève. Mais de nouveaux projets se dessinent, dont un avec une autre fleuriste. Nishant a aussi achevé de remettre en état la maison qu’il a acquise à Clermont. Il se voit bien développer Mango Juice avec des périodes en Inde pour travailler à son projet et des périodes en France sur des missions en free-lance, à partir d’Epicentre. Et si possible, un peu moins de rebondissements invraisemblables…

Texte : Marie-Pierre Demarty – Photos : Sébastien Godot

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