Page title

Page subtitle

Entrepreneur en free style

Le coworker du moment#16 : Quentin Jaud

Arrivé depuis à peine six mois, Quentin s’est investi dans le projet Epicentre au point de devenir quasi indispensable. Il devient donc urgent de faire plus ample connaissance avec notre plus jeune vice-président.

En six mois, Quentin s'est trouvé une place à Epicentre : celle de "couteau suisse" ou si vous préférez, d' "ouvre-boîte".

En six mois, Quentin s’est trouvé une place à Epicentre : celle de « couteau suisse » ou si vous préférez, d’ « ouvre-boîte ».

Son père dit de lui qu’il ne finit jamais ce qu’il entreprend. Quentin nuance : « Je dirais que je ne m’acharne pas. Quand mes études ne m’apportent rien ou qu’un projet est dans l’impasse, ça me semble plus constructif de passer à autre chose, d’enchaîner très vite sur d’autres projets. »

Des illustrations de ce mode de fonctionnement, son parcours en est jalonné. Dès sa première orientation : « Tout gosse, je rêvais de créer des objets ; je démontais tout pour savoir comment ça fonctionnait. J’ai poursuivi l’idée jusqu’à entrer en IUT pour préparer des écoles d’ingénieurs… et j’ai abandonné au bout de six mois. J’avais compris que ça me conduirait à devenir un minuscule engrenage dans de grosses entreprises, alors que je rêvais de réaliser les choses de bout en bout. »

Entretemps, il a développé d’autres passions qui allaient déterminer sa réorientation. Le vélo d’abord. Quentin pratique le slopestyle, discipline ultra-acrobatique, et l’enduro. Ce qui le mène à inventer, encore lycéen, un système de suspension qu’il va naïvement présenter à des entreprises : elles ne se gêneront pas pour l’envoyer balader tout en gardant l’idée, aujourd’hui brevetée et développée par l’une de ces boîtes. Au même âge, Quentin crée le premier média en ligne consacré au genre, VTT Free Ride, resté depuis le numéro 1 sous son nouveau nom de 26-in. C’est l’occasion de s’immiscer dans le petit cercle des médias spécialisés en sports de l’extrême. Quand une blessure le laisse sur la touche des compétitions pendant de longs mois, il se met à fréquenter ces shows spectaculaires comme photographe.

Un couteau suisse pour le bleu d’Auvergne

Du coup, lorsqu’il enterre son avenir d’ingénieur, il projette de se perfectionner en la matière. Il échoue pitoyablement au concours des Gobelins, car dans cette prestigieuse école, avant d’accéder à un appareil photo, on vous demande de savoir tenir un crayon. Et intègre une école privée à Montpellier, l’ESMA, où il apprend beaucoup la première année, se formant à toutes les techniques et approches. Ensuite, ça se gâte : « La deuxième année, c’était le Club Med ! Sur trente-deux inscrits, quatre sont allés au bout du cursus. En plus, ils ne m’autorisaient pas à aller pratiquer les week-ends sur les compétitions de vélo. C’était totalement contraire à une logique de professionnalisation. » Selon sa logique personnelle, il laisse tomber et retourne photographier les copains : tellement plus cool, sans compter que ça lui permet de gagner sa vie.

Dans la foulée, alors qu’il s’est installé à Lyon et continue cette activité, il complète sa formation par un BTS de communication par correspondance, histoire d’élargir ses compétences. C’est peu dire qu’il les élargit. Ses stages le mènent vers d’autres sports extrêmes : il intègre l’équipe organisatrice du marathon de Lyon, celle des éditions Nivéales dédiées à toutes les formes d’aventures sportives en montagne, ou encore celle qui pilote deux temps forts incontournables des étés cantaliens : le Festival du bleu d’Auvergne et la Fête de la gentiane à Riom-ès-Montagnes. Expériences d’autant plus enrichissantes que les circonstances le font chaque fois arriver sur des missions de communication et se retrouver à endosser des responsabilités d’organisateur beaucoup plus vastes. Il découvre sur le tas la gestion de projet et prend goût, mine de rien, à une vocation naissante de « couteau suisse ».

Une moitié de périple

Pour une fois, puisque ça lui semble utile, il va au bout et obtient le diplôme. Mais ne poursuivra pas par la licence professionnelle un temps envisagée, car un nouveau projet se profile. Avec sa compagne Anaëlle, qui étudie le tourisme, il prépare un grand voyage : « Natures européennes ». Leur objectif est de faire le tour des cinquante-deux parcs nationaux européens en un an et d’en rapporter la matière pour des documentaires, livre, exposition photographique… L’enjeu est d’explorer comment on met en œuvre la préservation de la nature en Europe. S’ajoute un enjeu personnel : « On voulait tester notre capacité à vivre du voyage », explique-t-il. En un an de préparation, ils trouvent des sponsors qui leur fournissent des moyens, du matériel de prise de vue et s’engagent dans les projets de publication ; ils achètent et aménagent un fourgon pour un voyage en quasi autonomie et prennent contact avec les parcs.

Départ en avril 2014. Mais ça ne se passe pas exactement comme prévu : « Nous avions eu des contacts avec les communicants des parcs, tous enthousiastes. Une fois sur place, on s’est rendu compte que les rangers, eux, n’étaient pas informés du projet, n’avaient pas le temps ou pas envie de participer à nos tournages… Au bilan de mi-parcours, nous nous sommes rendu compte que nous n’avions pas assez de rushes pour le documentaire. On avait fait en six mois la partie nord du périple : pays anglo-saxons et pourtour de la Baltique. On s’est arrêté là. »

Six mois en mode start-up

Une fois de plus, ironiserait le père de Quentin… Il n’empêche que l’aventure leur a permis de peaufiner le projet suivant, qui allait devenir Identitrip, et d’en vérifier des hypothèses.

« Toutes les composantes du voyage ont connu des ruptures numériques, avec l’arrivée d’Airbnb, du covoiturage, etc. Le seul domaine où on reste sur les anciens modèles est celui de l’information touristique. Les voyageurs nous ont confirmé que les guides n’apportaient pas forcément les réponses à leurs besoins, que les blogs étaient nombreux mais très dispersés. Il manquait clairement un chaînon. »

En 2015, ils se lancent à deux dans le projet, d’abord à Aurillac puis à Lyon. Puis, par le hasard de leur sélection au New Deal qui leur apporte plein de facilités, ils atterrissent à Clermont-Ferrand avec leur carton estampillé « Identitrip ». « J’y avais vécu quatre ans, vers la fin de primaire et le début du collège. Je n’avais pas aimé cette ville, qui me paraissait bordélique, pas organisée… Mais en 2015, elle avait vraiment changé et finalement j’aime bien ! », avoue-t-il.

En plus du New Deal, le projet remporte la bourse French Tech, qui s’avère plus piégeuse qu’utile – et de fait elle n’a pas été utilisée. Ils s’installent à Epicentre en septembre 2015. « Je m’intéressais déjà au coworking à Lyon. J’ai participé à l’élaboration du projet de la Cordée. Le départ pour Natures Européennes m’a empêché de faire partie des fondateurs, mais du coup je suivais sur internet le projet Epicentre. Quand on a été retenu pour le New Deal, nous avons appelé le jour-même pour réserver nos places. Je me souviens être tombé sur Laëtitia, qui n’a pas cru utile de noter nos réservations… Alors que l’idée de ne pas avoir de place, comme ça peut arriver dans les coworkings de Lyon, nous inquiétait beaucoup ! »

Spécialiste en rien

Six mois plus tard, la bourse New Deal se termine et Identitrip, après avoir été construit d’arrache-pied, piétine pour des raisons d’ordre privé… Pour autant, Quentin n’abandonne pas totalement : « Comme l’enjeu n’est plus d’en vivre, j’aimerais essayer de le développer en open source pour voir si une communauté de blogueurs s’en empare… »

Quentin 2

En conversation avec Thibaud, un des fondateurs d’Epicentre. Moment de transmission ?

En attendant, il regarde ailleurs. Celui qui était notre vice-président à peine un mois après son arrivée veut consacrer du temps à redonner de l’élan et de la méthode dans l’organisation d’Epicentre. Il nous initie à la sociocratie, propose des aménagements, apporte des outils numériques… Ce n’est pas complètement désintéressé : notre nouveau « couteau suisse » peut ainsi tester et rôder ce qu’il veut développer professionnellement : « J’aimerais épauler des entreprises, associations ou tout organisme trop petit pour avoir des emplois dans les fonctions support, pour tout ce qui n’est pas leur cœur de métier : les aider dans la communication, la gestion, les outils numériques, les sensibiliser à la transition écologique… J’aime l’idée de ne pas être spécialiste… et d’en faire ma spécialité ! »

Un projet encore flou. Mais Quentin, qui n’aime ni l’immobilité ni le préétabli, le prend avec calme : « Cette année, annonce-t-il, je vais me laisser voguer pour voir ce qui arrive… »

Texte : Marie-Pierre Demarty / Photos : Sébastien Godot

0 Commentaires

Laisser un commentaire