Epi-News

A partager à volonté…

A l’heure du départ : Erik Langevin, coworker très atypique

Comme dans tout espace de coworking, il y a les coworkers qu’on pourrait qualifier de « classiques ». Le free-lance, le consultant, le startupper, le télétravailleur… La communauté compte aussi des membres très atypiques. Avant qu’il ne s’envole vers les rives de l’océan, il fallait qu’on vous parle d’Erik Langevin, un de ces profils improbables. Attention : l’homme au chapeau décoiffe.

Erik Langevin

Un infirmier à l’âme de coworker…

Une arrivée discrète

D’emblée, Erik est un cas unique : quand il passe la porte d’Épicentre et paie son heure de présence au Comptoir, les premiers mois, c’est seulement pour… dormir. Il est infirmier psychiatrique à l’hôpital Sainte-Marie tout proche, un boulot pas franchement de tout repos, où il ne dispose pas d’une salle de repos. « Un jour je suis passé devant Épicentre, j’ai vu les canapés, ça avait l’air accueillant alors j’ai demandé », dit-il simplement. Il y trouve la solution à ses besoins : celui d’une sieste quotidienne, avant ou après le service, et la possibilité de reprendre des forces pour rentrer chez lui à Saint-Beauzire avec son moyen de transport préféré : « J’aime circuler à vélo mais je le faisais peu avant d’accéder à ce coin-canapé, où j’ai aussi apprécié le fond musical qui accompagnait mes siestes. Ça a coïncidé avec l’époque où je suis passé au vélo électrique. Depuis, j’utilise beaucoup moins la voiture. »

Au bout de quelques mois, notre dormeur a fini par s’éveiller. Et par goûter au plaisir de l’échange en coworking. Pour mieux le comprendre, il faut remonter en arrière, le temps de comprendre qu’Erik avait de sérieuses prédispositions…

Une innovateur frustré

« J’ai fait des études en analyse biologique, puis en biochimie et en intelligence artificielle et plus tard l’école d’infirmière. J’avais déjà un esprit d’entrepreneur avec de bonnes idées, mais qui rencontraient souvent de l’hostilité. J’ai toujours eu ce mélange de naïveté et de créativité qui me rapproche des autistes avec lesquels je travaille aujourd’hui », confesse-t-il.

Exemple de ces trouvailles qui n’ont pas plu à l’institution, médicale ou pédagogique : celle de fabriquer des médicaments sous forme de tisanes ; celle de créer un spray à partir de bactériophages pour lutter contre les maladies nosocomiales ou encore de partager les cours de ses professeurs en ligne, à une époque où ça ne se faisait pas… encore moins en école d’infirmière où on n’appréciait pas les initiatives.

« J’ai senti que je n’étais pas jugé »

Plus tard, Erik est infirmier de nuit dans le Puy-de-Dôme, dans le cadre de l’Hospitalisation à domicile, et est en contact avec beaucoup de personnes en fin de vie. Il constate la dégradation de la qualité des soins du fait du manque de personnel. Comme il lui est difficile d’obtenir la prescription d’antidouleurs qui soulageraient ses patients, il a l’idée de se former à l’hypnose pour les aider. Refus de sa direction. « J’ai suivi la formation sur un congé sans solde », précise-t-il.

Il commence à cette époque à travailler à Sainte-Marie, découvre la pédopsychiatrie et se voit confier des missions « de plus en plus compliquées et challengeantes ». Mais il y a un aspect frustrant : avec des enfants soignés en psychiatrie, l’hypnose n’est pas recommandée et il n’a plus l’occasion d’exercer cette compétence.

Street hypnose avec Damien

Séance d’hypnose de rue : « Une façon géniale de se connecter à l’autre. »

Réveil par l’hypnose

C’est alors qu’un beau jour, peu avant la Belle Semaine 2016, quelqu’un à Épicentre a eu l’idée de lui demander s’il voulait participer à notre événement dédié aux savoir-faire de la communauté. Erik venait de se former à l’hypnose de rue, pour continuer à utiliser cette technique autrement. Et voilà comment il nous a fait découvrir cette étonnante façon de se connecter avec soi-même.

« C’est là que j’ai fait mon premier essai en rue, en quatre séances, et à chaque fois j’ai eu du monde. Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur de mon manque d’expérience. J’ai senti que je n’étais pas jugé, que je rencontrais une curiosité. L’hypnose de rue a un côté génial : on a l’impression de se connecter aux gens et pour ma part, j’ai besoin qu’on me fasse confiance pour être en relation avec l’autre. »

Résultat : Erik a prolongé l’expérience en proposant régulièrement de nouvelles séances. Une petite communauté s’est constituée grâce à Facebook. Et la curiosité suscitée a facilité son intégration à Épicentre. Il a commencé à faire connaissance…

D’autres opportunités

Entre sa curiosité naturelle, ses idées à contre-courant, son intérêt pour l’informatique et la robotique, il avait le profil pour trouver des connivences. Il s’est ainsi intéressé aux Bugs à l’époque où la start-up Magik Square bidouillait dans la cave ses jeux pour apprendre à coder aux enfants. Par l’intermédiaire de Pierre Personne, alors incubé à CoCoShaker, il a rencontré les Petits Débrouillards avec qui il s’est senti des affinités au point de suivre chez eux une formation pour son projet futur. Plus récemment, des liens se sont inévitablement créés avec Anne Perriaux, dont le projet est en lien avec l’autisme.

« J’ai pris goût au mode de fonctionnement horizontal »

Ces différentes rencontres sont à l’origine du projet qu’il porte depuis quelques temps : « Je me suis dit qu’il y avait des trucs à faire entre les robots et l’autisme ; les robots, c’est bien pour entrer en interaction parce que contrairement aux humains, ils sont prédictibles. J’ai soumis un projet à mon boulot mais c’était trop coûteux. Anne m’a alors suggéré d’entrer en contact avec la start-up qui a conçu le robot-bulle Leka spécifiquement pour les jeunes autistes. »

Avec l’appui de sa hiérarchie, Erik développe l’idée et soumet la candidature de Sainte-Marie pour participer au test préindustriel de Leka. « Sur dix mille établissements volontaires pour participer au test, quasiment tous étaient dans le médico-social et nous étions le seul établissement hospitalier », s’enthousiasme Erik.

Leka est arrivé dans son service en septembre dernier. Anne participe au travail en proposant des pictos à inclure dans le mode de communication du petit robot. Et les choses s’accélèrent, tant dans le réseau développé grâce à Épicentre qu’à l’intérieur de l’hôpital, où Erik a présenté le projet au concours des Pépites organisé à l’échelle des vingt-cinq établissements du groupe hospitalier. Il nous a annoncé le résultat il y a quelques jours : prix spécial du jury !

Départ annoncé

Autant dire qu’Erik cultive l’art de partir en pleine gloire… Car son principal projet, aujourd’hui, est de quitter Clermont pour La Rochelle. Son épouse arrivant à l’heure de la retraite, ils préparent cette migration pour rejoindre enfants et petits-enfants.

Mais Erik doit aussi travailler à un nouveau projet professionnel, avec en tête des envies devenues multiples et peu ordinaires. Là aussi, Épicentre l’a aidé à y voir plus clair, lorsqu’il a saisi l’occasion d’intégrer un groupe de co-développement expérimenté par Virginie Rossigneux dans nos murs.

Hypnose de rue devant Epicentre

« L’hypnose a été une porte d’entrée pour entrer en relation avec les coworlers. »

Tout en s’appliquant à passer le relais des projets montés à l’hôpital – on aurait pu parler aussi du jardin de permaculture – il assemble peu à peu les briques d’une nouvelle vie qui portera la marque d’Épicentre. « Plus ça va, plus j’ai envie d’autre chose que de reprendre un emploi dans une institution. Je voudrais monter une autoentreprise pour utiliser les développements de la robotique dans le soin à domicile, explorer les dimensions sanitaire, légale, numérique, en m’appuyant sur ma qualification et mon expérience d’infirmier. J’aimerais aussi créer quelque chose avec l’hypnose pour aider l’entourage des patients. »

Autrement dit, comme beaucoup de coworkers, Erik est en train d’inventer un métier à sa mesure, qui n’existe pas encore. Et il compte bien trouver à La Rochelle l’espace de coworking où il pourra continuer à s’épanouir.

Sa conclusion confirme notre intuition : « A mesure que les projets avancent, je me dis que j’ai le profil pour travailler en coworking. Je développe des connexions multiples, avec les parents, l’hôpital, la start-up Leka, les coworkers, les Petits Débrouillards, etc., c’est-à-dire un mode de fonctionnement horizontal auquel je prends goût et un côté cabinet d’expérience qui renoue avec la démarche scientifique que j’appréciais dans mes études. »

Le départ est prévu le 15 janvier. Mais les contacts persisteront forcément.

Marie-Pierre Demarty pour Epicentre Média

0 Commentaires

Laisser un commentaire