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Papotages au Comptoir #3 : A l’école du langage codé

De temps à autre, un projet formidable s’invente à Épicentre, conçu pour grandir dans Épicentre, émergeant d’un terreau créatif comme nulle part ailleurs à Clermont. On pourrait citer l’incubateur social CoCoShaker ou le start-up builder Canevas… En voici un tout nouveau : la Clermont Coding Academy. Bas Dekker et Florent Bissiriex, les deux coworkers actifs dans le projet, nous racontent…

Épicentre Média : En plus d’être coworkers, quelle activité vous amène à vous intéresser au code informatique ?

Florent : Je suis un ancien développeur informatique et formateur, actuellement entrepreneur. Je suis consultant en croissance pour des centres de formation et par ailleurs, gérant d’un site de e-commerce d’artisanat traditionnel japonais, kyototradition.com.

Bas : Je suis physicien puis informaticien spécialisé dans la culture, l’enseignement et la typographie numérique et je développe actuellement une plateforme de typographie numérique pour les métiers du livre.

EM : Qu’est-ce qui vous a motivés pour vous engager dans ce projet de Clermont Coding Academy ?

Bas : Dans le monde actuel, apprendre à piloter et configurer un ordinateur devient une compétence de base, mais peu de choses se font dans l’enseignement en général et rien n’était organisé là-dessus à Clermont. Je suis motivé par la notion de transmission, mais aussi par la nécessité de pallier ce manque.

Un mode de pensée

Florent : Pour moi c’est aussi la transmission, que j’ai déjà pratiquée, mais surtout par le côté technique. Ce qui m’intéresse ici, c’est l’idée de transmettre aussi un état d’esprit, un mode de pensée valable non seulement en informatique, mais aussi dans plein d’aspects de la vie.

EM : Comment définiriez-vous cet état d’esprit ?

Florent : C’est une méthode de résolution de problème par la pensée analytique ou algorithmique, c’est-à-dire qu’on va décortiquer un problème en isolant ses différentes composantes, ou au contraire les recomposer. C’est une boîte à outil qui permet d’aller du problème à la solution, applicable à un objectif, à une thérapie, etc.

« Une école de rigueur et de créativité »

Bas : Et c’est aussi une autre langue, qui prête moins à interprétation que le langage courant. Il n’y a qu’une logique mais il faut savoir l’utiliser. Par exemple, tu connais l’histoire du garçon à qui sa mère demande : « Va m’acheter un litre de lait et s’il y a des œufs, tu en prendras six »… et le garçon revient avec six litres de lait. Dans le code informatique, la consigne n’aurait pas pu être ambiguë. Le code, c’est une compétence de rigueur et de créativité.

EM : Racontez-nous… Comment est née l’idée de créer la Clermont Coding Academy ?

Bas : Quand je suis revenu à Épicentre après deux années à Toulouse, j’ai eu envie de faire quelque chose pour le quartier. J’ai proposé les Coding Goûters, des séances d’initiation au code pour les enfants, et je me suis rendu compte qu’il y avait une vraie demande, aussi bien des parents, des enseignants, des associations… Entre l’apprentissage de base qu’on pouvait trouver aux Petits Débrouillards et les lieux de type FabLab où il vaut mieux avoir de solides compétences, il y avait un hiatus à combler.

À partir de là, j’ai rassemblé une équipe aux compétences complémentaires, dans l’écosystème d’Épicentre où on trouve tout ce qu’il faut…

Naissance en terrasse

EM : Vous nous la présentez ?

Florent et Bas : Il y a Pierre Personne, un ancien incubé de CoCoShaker, chargé du recrutement et de la formation d’enseignants ; Aude Taddei, animatrice du Labo Citoyen, pour développer le réseau et les partenariats ; Florent se charge des relations publiques, de la communication et de… tout ce que les autres ne font pas ; et Bas pour l’animation des séances et la gestion. Nous avons sollicité aussi deux conseillers qui ont un rôle moins actif mais néanmoins précieux, Sophie Sellier et Christophe Burville, un ancien de l’équipe Magik Square : il y trouve un moyen de prolonger cette aventure [NDLR : Magik Square a été une start-up éphémère, née dans les sous-sols d’Épicentre, qui développait des jeux pour apprendre la programmation informatique aux enfants].

Bas : C’est une belle panoplie de compétences. Nous nous sommes réunis cet été à la terrasse du Mayerling [NDLR : le café en face d’Épicentre, autrement dit notre bistrot préféré]… et la Coding Academy en est sortie.

EM : Alors venons-en au cœur du sujet : la Clermont Coding Academy, c’est quoi ?

Bas : C’est une société de services en éducation numérique, créée officiellement ce mois-ci.

Florent : Sa vocation se compose de quatre axes : une activité périscolaire à destination des enfants de 7 à 14 ans, sous forme de stages pendant les vacances ou de cours hebdomadaires répartis sur un semestre ; des sessions d’initiation pour les adultes aux technologies et aux modes de pensée du numérique, sous forme d’afterworks ; des sessions proposées aux entreprises pour permettre aux personnels non techniques de communiquer efficacement avec les équipes techniques et enfin, un projet encore à définir de s’adresser aux écoles, notamment pour accompagner les enseignants qui sont souvent démunis sur le sujet.

Deux stages pilotés par Bas pendant les dernières vacances, et de bons retours des enfants, comme des parents.

EM : L’axe le plus avancé est celui du périscolaire. Vous avez organisé les deux premiers stages durant les dernières vacances de Toussaint, dans l’Hypocentre, la salle du sous-sol d’Épicentre. Quel bilan en tirez-vous ?

Bas : C’était épuisant mais bien ! Il s’agissait de stages pilotes. Nous avons eu neuf inscrits et les retours sont positifs, aussi bien des enfants que des parents, voire des grands-parents, qui ont parfois pris l’initiative d’inscrire leurs petits-enfants. Nous avons pu éprouver la méthodologie, qui s’appuie sur des projets concrets, des petits jeux où il ne s’agit pas seulement de jouer, mais aussi de décortiquer le jeu pour comprendre comment la machine pense.

Florent : Pour cet axe, nous nous sommes greffés sur une initiative à Paris, CodeCodeCodec, qui nous apporte une expertise existante, une plateforme opérationnelle de réservation et de paiement, une centrale d’achats pour le matériel. C’est ce qui nous a permis d’organiser ces deux stages aussi rapidement. Les cours réguliers commenceront en janvier. Le format sera de 26 séances d’une heure et demie. Ce qui m’a plu dans la méthodologie testée par Bas, c’est le côté ludique : les enfants apprennent mais en s’amusant ; ils ne s’ennuient pas.

Bas : Et le prochain stage est prévu pour les vacances de Noël.

Open source et convivialité

EM : Les autres activités vont démarrer en janvier ?

Florent : Ce sera au moins le cas pour les afterworks tout public. Nous proposerons environ une fois par mois des sessions sur des thèmes différents à chaque fois, comme l’impression 3D, le big data, les crypto-monnaies… avec une conférence, des ateliers de pratique et un temps de convivialité. Ça s’adressera à tous, sans pré-requis : au contraire, il vaut mieux venir pur de toute croyance…

Bas : On apprendra à résoudre des problèmes concrets, comme par exemple : qu’est-ce qu’un algorithme pour un distributeur automatique qui rend la monnaie ? Nous travaillons avec Scratch, un outil développé par le MIT, intuitif et en open source, ce qui correspond à notre philosophie d’indépendance technologique et à celle d’Épicentre.

Florent : C’est une sorte de Lego du code !

EM : Qu’en est-il de l’axe entreprises ?

Bas : L’idée m’en est venue en participant à des sessions de team-building. En général, on demande à des personnels techniques de participer à des trucs de marketing ; j’ai eu envie de proposer l’inverse : amener du personnel non technique à parler le langage technique. Ça consistera à construire ensemble un projet, par exemple un jeu de morpion, pour mettre en évidence la nécessité d’avoir un langage précis et une cohésion d’équipe. Il s’agit de prendre conscience que beaucoup de projets prennent du retard sur de simples problèmes de communication.

Je l’ai déjà expérimenté chez Michelin, ça fonctionne vraiment bien. Et nous allons l’ajouter au catalogue des services à proposer aux entreprises qui souhaitent louer des espaces à Épicentre, pour du team-building ou des événements internes.

EM : Aujourd’hui, où en est le projet ?

Bas : Nous avons un travail d’évaluation à faire sur les premiers stages. Nous sommes aussi à la recherche de mécènes et d’animateurs.

Florent : Et le site sera opérationnel très prochainement.

EM : Un dernier mot ?

Bas : Il faut bien préciser que notre école de code ne vous apprendra pas à passer le permis de conduire…

Florent : … Et qu’on n’y apprendra pas non plus à réparer son imprimante ou à utiliser un tableur Excel !

Propos recueillis par Marie-Pierre Demarty

 

 

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