Epi Actus

Coworking en temps de confinement

Expo Alexa Brunet : des clichés et de la différence

Et si on faisait comme si… ? Vous n’êtes pas à Epicentre « physiquement », nous vous y emmenons virtuellement. Alors voyons… qu’y avait-il au programme du jour ?… Ah oui : le vernissage de la nouvelle exposition. Prêts pour la visite ?

Expo Alexa Brunet EpicentreTravailler à Épicentre, c’est travailler – ou faire sa pause – entouré de tableaux, qui change tous les mois. Nous avions décroché récemment les réjouissants collages de Fabienne Cinquin. Et Cécile nous avait prévu pour les semaines qui viennent une très belle série de photographies d’Alexa Brunet, en collaboration avec l’Association hospitalière Sainte-Marie. On aimerait vous raconter tout ça en quelques mots-clefs : servez-vous un verre, car vous participez à un vernissage virtuel !

La photographe

Elle s’appelle Alexa Brunet. Elle est née en 1977. On va vous épargner sa biographie impressionnante, que vous pourrez retrouver ici. Mais juste en dire, parce que c’est une référence qui vaut toutes les autres, qu’elle a été invitée à exposer aux Rencontres d’Arles (en 2005), et que la liste des prix et distinctions qu’elle a reçues est longue. Elle travaille principalement pour les institutions et la presse nationale et internationale.

Sa démarche est d’abord documentaire. Mais depuis quelques années, elle cherche à conjuguer sa recherche journalistique avec son goût pour l’exploration de la forme picturale.

En s’inspirant d’éléments venus de la littérature, des arts populaires, de la peinture et du cinéma, elle réalise des mises en scène d’anticipation. En collaboration avec le journaliste Patrick Herman, elle invente un récit fictif et ludique qui exprime des points de vue sur des questions d’actualité qui sont, elles, bien réelles : le gaz de schiste, l’habitat, l’agriculture industrielle, etc.

Le projet

Violences et psychiatrie

Un cliché sur la santé mentale : les personnes atteintes de troubles psychiques seraient violentes…

« D’autres clichés sur la santé mentale » s’inscrit dans cette démarche. Les photos que vous auriez dû voir sur nos cimaises sont de véritables mises en scène, pour lesquelles ont posé de nombreux acteurs du territoire où elle a travaillé : le sud-Ardèche.

Des lycéens, des bénévoles d’associations, des résidents et des professionnels d’institutions médico-sociales, des personnes âgées… en résumé des gens. Les photos sont belles, drôles, ludiques, symboliques. Les scènes rappellent notre quotidien, des personnes qui pourraient nous être familières. La vie d’aujourd’hui : un repas de famille, une visite chez le médecin, des ados en classe, des passagers sur un quai de gare…

Sauf qu’il y a des petits grains de sable dans ces scènes de la vie ordinaire. Une façon de poser délibérément artificielle, comme pour dire « C’est juste un jeu ! ». Et surtout les détails bizarres : les ados sont masqués, le repas ressemble à une scène (ou une cène) biblique, et cette dame chic ouvre à l’intérieur d’une pièce un parapluie tout cabossé qui la protège – sans doute pas bien – des menaces d’une grosse boule de fil de fer.

Faut-il en rigoler, s’en effrayer ? Ou peut-être entrer dans le jeu ?…

Les clichés des clichés

Le travail aussi peut être à risque pour la santé mentale : pression, stress, burn-out, dépression…

Un peu tout ça à la fois, semble-t-il. Car ces clichés ont aussi une fonction symbolique : celle de mettre le doigt sur d’autres clichés, au sens « idées reçues » ou « préjugés ». On nous parle ici de santé mentale. Et on veut nous mettre en garde face à ces idées qu’on n’a jamais trop creusées tant qu’on n’y a pas été confronté, et que parfois on véhicule malgré soi.

Idée justement que l’on ne peut pas être concerné, idée que l’adolescence est un âge heureux que perturbe à peine les « crises d’ado » passagères. Idée que les personnes ayant des troubles psychiques sont dangereuses (imaginez-vous qu’elles sont en fait surtout dangereuses pour elles-mêmes ?).

Il est question aussi du regard des autres, d’hypersensibilité, de camisole et de lavage de cerveau, de risques au travail, d’exclusion…

Et on se laisse troubler… d’autant plus que le ton est léger et dédramatisant.

Sainte-Marie

Pourquoi accueillir cette exposition à Épicentre, où nous réservons habituellement les cimaises à des artistes locaux ? Parce que nous aimons nous ouvrir à notre voisinage, à notre quartier. Et dans le quartier, nous avons l’hôpital Sainte-Marie. L’établissement draine son lot de personnalités étranges que nous voyons parfois passer devant nos portes ou même entrer. Et que nous sommes parfois amenés à orienter, à guider, à aider. Ou qui nous déroutent parce que nous avons tous une part de ces clichés en tête.

Psychiatrie et lavage de cerveau

Encore un cliché : les soins psychiatriques assimilés à du lavage de cerveau.

Alors quitte à être concerné, autant dialoguer. Le saviez-vous ? L’établissement de la rue Gabriel-Péri fait partie d’une institution plus vaste, l’Association hospitalière Sainte-Marie, qui compte 5 centres hospitaliers spécialisés, 3 maisons médicalisées pour personnes âgées, 3 ESAT et de nombreux centres médico-sociaux, foyers, services divers… ? Et tout cela, coordonné depuis Chamalières, dans sept départements du sud-est de la France, de l’Allier à Nice, en passant par… l’Ardèche.

Et c’est là que se fait le lien : le Centre hospitalier Sainte-Marie de Privas a été un des partenaires majeurs du projet photographique d’Alexa Brunet. Nous y voilà…

Tous différents

Ce projet ne nous touche pas seulement pour une question de voisinage.

Il fait écho aussi à ce que nous voulons faire de ce tiers-lieu : un lieu où nous aimons la différence, parce qu’elle est source de complémentarité, donc d’entraide et d’enrichissement. Un lieu où les manuels aident les intellectuels (et réciproquement), où les vieux apprennent des jeunes (et réciproquement), où les rêveurs s’associent aux pragmatiques (et réciproquement), où l’on parle de drôles de langues et de cultures diverses, où les projets les plus beaux, les plus fous et les plus généreux émergent du brassage. Un lieu où nous essayons, autant que possible, d’accueillir ce qui ne nous ressemble pas.

A mi-chemin entre la place de Jaude et l’hôpital Sainte-Marie, entre la Cathédrale et la Banque de France, notre « Épicentre » est aussi un carrefour. Cette exposition a aussi pour vertu de nous le rappeler.

Ici est l’art

Et si, pour que la « mayonnaise » d’un tiers-lieu prenne, il faut du brassage et de la diversité, un autre ingrédient du coworking heureux est le cadre de travail.

Profitons-en pour remercier Cécile qui contribue à rendre le nôtre changeant, étonnant et différent. Avec son projet Ici est l’art, sa spécialité est de proposer l’organisation d’expositions dans des entreprises.

Nous sommes un peu sa vitrine… et nous en sommes très contents !

Solidarité

Et pour conclure ? Cette exposition virtuelle est pour nous l’occasion de saluer tous ceux dont la vie n’est pas facile en ces temps de confinement : soignants et patients des hôpitaux – psychiatriques ou non –, professionnels des arts et de la culture, et bien sûr tous les autres…

Marie-Pierre Demarty / Photos Alexa Brunet

0 Commentaires

Laisser un commentaire