Interview Coconfinement

Les Coworkers sans le Coworking, comment ça se vit ?

ITV coconfinement – Bas Dekker

Pilier et « frère cellerier » d’Epicentre – comme il aime à se présenter – Bas est l’animateur de la Clermont Coding Academy. Informaticien jusqu’au bout des ongles, il porte aussi une auto-entreprise de typographie et applicatifs de mise en page de texte, Dikt. C’est lui qui garde le lien physique avec Epicentre pendant la période de confinement, il est donc normal de lui réserver l’honneur de la première interview coconfinement …

Comment je vais ? On a eu une rupture brutale … je vais plutôt bien, en bonne santé. Je pense être un porteur sain, donc je suis extrêmement prudent dans mes sorties et les gestes barrière que j’applique à la lettre. Avec ce que je fais à Epicentre, les cours à l’extérieur, les stages, j’ai rencontré beaucoup de monde il y a deux semaines ! Mais pour l’instant, pas de signe, rien du tout. On verra d’ici quelques jours

Les journées sont longues, on pense se ressourcer mais c’est pas évident. J’ai mis du temps à trouver mon rythme. Quand tu es étranger en France comme moi, tu as intérêt à comprendre la relation à l’Etat, à l’autorité. Ca n’a rien à voir avec les Pays Bas ! C’est à moi de me comporter en bon invité dans mon pays hôte.

La semaine dernière, je me suis fait une liste de lecture, des choses que je voulais lire – ou relire – depuis longtemps. C’est normal, tu tiens à te rattacher à un certain passé. Mais on ne peut pas facilement faire place à la lecture quand on est sous la contrainte.

Le Selfienement de Bas, au milieu de ses livres. « C’est bien pour isoler une pièce », précise-t-il.

Comment je travaille ? Je travaille plus à la semaine, avec des objectifs hebdo. Finalement, quand on a trop de temps, on ne sait plus quoi en faire ! On est au jour 7, je n’ai pas été très productif sur les 6 premiers … j’ai surtout travaillé sur “les autres”, mes élèves notamment. J’ai fait ce travail de solidarité avec beaucoup de plaisir, et c’est normal de le faire !

Pour mes activités, c’est la grande inconnue. Cela fait 6 ans que j’ai très peu de visibilité au-delà de 2 mois … la communauté Epicentre m’a beaucoup aidé. Actuellement, j’assure les obligations passées, je ne néglige pas l’acquisition pour la suite. On m’a récemment confié une mission parce que j’avais justement le temps de le faire, dans l’informatique en particulier ! Même si un informaticien travaille d’abord en mode papier-crayon avec ses collègues … et ça, ça manque.

Pour avril, ça ira. Pour mai, je ne sais pas. Les écoles vont sans doute redémarrer le 4 mai … à suivre. J’espère être qualifié pour les aides gouvernementales, surtout pour la Clermont Coding Academy

Comment je vois l’avenir ? Il y a les utopistes et les réalistes. Les utopistes veulent refaire un tissu humain … mais on a besoin d’être vus, entendus, touchés, au-delà du numérique. Fera-t-on une utilisation plus intelligente des médias en ligne ? Je trouve qu’il y a beaucoup d’arrêts techniques pour l’instant.

La situation d’Epicentre est connue. Je vois néanmoins des communautés qui se reformeront. Du social plus “cellulaire”, des identités qui vont se multiplier, ça peut être chouette ! Au niveau économique, ce serait bien qu’on soit plus participatif. Ce que je fais a de la valeur dans le participatif, mais ce n’est pas encore reconnu par le système. On va se rendre compte finalement qu’on peut se passer de plein de choses.

Dans l’enseignement, je verrais bien une autre organisation. Là, ce sont des profs qui donnent cours à distance aux élèves, ça marche moyennement. Avec beaucoup de parents qui n’éduquent plus leurs gosses … et qui se rendent compte à quel point c’est compliqué d’être un bon pédagogue ! L’enseignement en ligne est limité car il faut un lien. En revanche, pour les enfants malades ou absents, c’est un outil beaucoup plus pertinent ! D’une manière générale, on ne peut pas apprendre l’enseignement collaboratif à distance. Pour un cours magistral, autant voir une vidéo puis échanger par la suite. Pour les T.D., c’est autre chose. Avec la Clermont Coding Academy, on cherche comment faire des cours en ligne, mais je réfléchis depuis une semaine sur les aspects pratiques. La technique, je m’en moque un peu. Le social : j’espère que la relation parent-enseignant va changer. Plus généralement, j’espère que toutes ces professions sociales, aujourd’hui exposées (enseignant, infirmier, facteur …) seront beaucoup mieux valorisées.

Focus Epicentre : au niveau personnel, ça fait une dent de scie car j’ai beaucoup à coeur ce lieu. Les gens me manquent énormément, même ceux qui peuvent être très chiants comme je le suis parfois ! On se rend compte que la communauté est très présente dans nos vies, autrement que ce que l’on pense. Et c’est quand même important ! Si Epicentre survit, Marie-Pierre a raison, c’est là que ça va se jouer, avec une organisation très cadrée mais un gros travail sur la dimension humaine de la communauté. Je pense que ça sera très intéressant à vivre.


Le site de la Clermont Coding Academy


Interview Zoom du 23 mars 2020

0 Commentaires

Laisser un commentaire