Interview Coconfinement

Le coworking sans les coworkers, comment ça se vit ?

ITV coconfinement : des nouvelles du 5

Pendant que chacun s’est replié chez lui avec ordinateurs et bagages, nos locaux d’Epicentre Factory se sont mis eux aussi en mode confinement. Pour rappel : 460 m² situés au 5, rue Saint-Dominique au centre-ville de Clermont, dont un rez-de-chaussée, le « Comptoir » (espace animé et ouvert sur la rue piétonne, avec cuisine attenante), un premier étage, le « Cowork » (espace calme en open space, réunissant bureaux nomades et bureaux fixes, avec deux petites salles de réunion attenantes), une mezzanine, la « Mezza » (salle de réunion de dix-neuf places avec équipements interactifs) et un sous-sol, l’« Hypocentre » (grande salle multi-activités pour réunions cosy, événements, siestes, etc.).

A deux semaines du début du confinement, on prend des nouvelles d’Épicentre Factory.

Bonjour Épicentre Factory, comment vas-tu ?

Physiquement, tout va bien. Les locaux sont parfaitement en ordre de marche. Je suis juste un peu gêné par la poussière qui s’accumule un peu partout et qui me provoque des petites démangeaisons.

Par contre, je dois l’admettre : le moral n’est pas au beau fixe. Il fait très sombre ici et l’animation quotidienne me manque terriblement. C’est dans des périodes comme celle-ci que l’on apprend à se connaître et je me rends compte à quel point j’ai besoin de passage et de brassage, du bruissement des conversations, des éclats de rire, des odeurs de café, des tintements de vaisselle…

J’ai la nostalgie des cobouffes, des petits dej’ avec amoncellement inopiné de viennoiseries, des événements rassembleurs et joyeux, des réunions studieuses où les idées fusent, des Épinards et des vernissages. Je rêve de vide-dressing, d’ateliers participatifs et de boutiques éphémères. J’ai besoin de vous tous : vous les coworkers habituels concentrés ou dissipés, heureux ou inquiets, vous les passants ou arrivants qui ouvrent grand leurs yeux pour me découvrir, vous la factrice et les livreurs qui passez en coup de vent déposer lettres et colis avec un jovial « Bonjour ! » et les livreurs de paniers de légumes du jeudi et du vendredi… Et les petites dames du matin… Ah ! les petites dames du matin qui venaient si gentiment faire ma toilette trois fois par semaine, quand reviendront-elles ?

Euh, désolé pour le coup de blues. Par moment je craque un peu, mais j’arrive à me ressaisir assez vite. Il faut bien tenir, parce que j’ai du travail…

Epicentre pendant le confinement

Le selfie d’Épicentre Factory : « J’ai quand même mis un peu de lumière pour que ça fasse moins lugubre… »

Du travail ? Comment ça se passe ? Tu n’es donc pas à l’arrêt total ?

En théorie, si. Mais en pratique, il y a quand même un peu de vie ici. Tout d’abord, j’ai le grand plaisir d’accueillir Bas tous les trois ou quatre jours. Il vient relever le courrier, prendre des nouvelles, voir si tout va bien. Ça rassure. Selon son humeur, il chantonne Bach, Brel ou les Bee Gees… ça me rappelle ces matins où le Comptoir résonnait d’une musique de fond, dont la diversité reflétait celle des personnalités qui me fréquentaient… Hum, c’est terrible, je me rends compte que j’en parle déjà au passé…

Un jeu d’échecs et un shaker : les accessoires pour les soirées confinement.

Il y a aussi les occupants à demeure : le petit cochon doré et l’éléphant blanc à qui vous avez confié la garde des différents espaces. La plupart du temps, ils se tiennent tranquilles, chacun à son étage, aussi ennuyeux l’un que l’autre. Mais de temps en temps, ils se donnent rendez-vous pour passer la soirée ensemble : ils ont trouvé un jeu d’échecs pour se distraire et un shaker grâce auquel ils inventent des cocktails bizarres avec ce qu’ils trouvent dans la cuisine. Ça devient vite plus festif !

Et puis, il y a l’homme qui court.

L’homme qui court ?

Oui, il n’arrête pas. Au début c’était distrayant. Mais à la longue, il me donne le tournis. Il n’arrête jamais, toujours plus vite : je le croise dans l’escalier, puis en un clin d’œil il est dans l’Hypocentre, prêt à remonter, puis à l’étage vers la porte de sortie, et à nouveau face au rideau de fer de la vitrine…

L’homme qui court : ici dans l’escalier entre les deux étages, un de ses spots d’entraînement préférés

Il ne prend même pas le temps de faire une pause pour m’expliquer ce qu’il fabrique. J’ai deux hypothèses : soit il se prépare pour un marathon, soit il cherche à échapper au confinement. Mais je veille : toutes mes issues sont solidement verrouillées !

Comment ça va se passer demain ?

J’espère, j’espère, j’espère… de tout cœur… que vous reviendrez tous ! Mais j’ai des craintes. D’abord parce que je sais que je ne suis pas seul à souffrir de la situation ; je sais que certains d’entre vous pourraient avoir du mal à s’en sortir économiquement et devront peut-être se passer de mes services, au moins les premiers temps.

Et puis je ne suis pas idiot. Je sais bien que ma situation, même avant cette fichue épidémie, n’était pas brillante. Alors après un ou deux mois sans activité, je crains pour ma survie…

Ah, tu étais au courant ?

Tu sais bien que mes murs ont des oreilles. Je vous ai assez entendus pendant vos réunions de conseil d’administration, vos rendez-vous d’information et même, pendant vos conciliabules au secrétariat. Je sais que vous faites tout ce qui est possible pour m’en sortir, mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir peur pour mon avenir.

Alors j’ai un message qui s’adresse à vous tous : s’il vous plaît, je n’ai aucune envie de redevenir un magasin de fringues ! Ne m’abandonnez pas ! Je vous aime !


Le site d’Epicentre Factory


Interview réalisée par zoom imaginaire le 31 mars – par Marie-Pierre Demarty

 

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