Interview Coconfinement

Les Coworkers sans le Coworking, comment ça se vit ?

ITV coconfinement – Laëtitia Chaucesse et Jérôme Iavarone

Laëtitia est spécialisée dans la prise de parole en public, elle aide des dirigeants, porteurs de projets et communicants à formuler leurs idées pour des situations de communication orale. Jérôme, lui, est e-commerçant sur du matériel de coiffure, avec en plus du conseil en stratégie numérique. Ce à quoi s’ajoute une activité de trading à titre perso, mais qui représente désormais un temps et une part de revenus importantes.

Laëtitia avait rejoint l’équipe Epicentre en 2013, avant l’ouverture du premier lieu rue des Gras. Elle était notamment membre du C.A., puis est devenue coworker régulière puis ponctuelle à cause de nombreux déplacements chez les clients. Ils se sont rencontrés à Epicentre lors d’un événement là-bas en 2014. Jérôme avait connu l’ancien Epicentre, et il est coworker permanent depuis 4 ans. Aujourd’hui, ils habitent ensemble avec 1 ou 2 enfants par semaine selon les gardes.

Comment on va ? On a la chance d’avoir un appartement qu’on adore, et dans lequel on se sent bien. Hors confinement, on y passait déjà beaucoup de temps ! Pour travailler, ou simplement pour profiter de chez nous. On peut se répartir dans les espaces, et on n’est pas les uns sur les autres.

Concernant les enfants, on n’avait plus de nounou pour Lou (2 ans) entre octobre et février, donc on avait l’habitude de gérer la petite. Hugo (8 ans ½) est là une semaine sur deux, le rythme est alors assez différent – il vit l’école à la maison. Ce n’est pas facile de trouver l’équilibre du temps de travail, du temps d’école, du temps pour profiter de la famille … mais on n’est pas malheureux !

On n’a pas la télé : en famille, on est plutôt musique, jeux, activités manuelles – Lou dessine beaucoup, et Hugo est passionné par les échecs. Et nous aimons tous la lecture.

Jérôme et Laetitia avec quelques objets symboliques du confinement entre les mains.

Comment on travaille ? [Jérôme] mon activité est la même. Mes clients ont souvent des boutiques physiques, qui sont donc fermées : cela me laisse le temps de travailler avec eux sur leurs sites web. Côté ventes e-commerce, je note une forte hausse de tondeuses [à cheveux et à barbe] !

J’ai ajouté une activité de trading actions qui me prend beaucoup de temps. Je suis parti du fait que la bourse a “corrigé” de 30%, mais pour moi ce n’est pas une crise économique. Les entreprises qui ont perdu sa valeur n’ont pas perdu 1/3 de leur valeur, je suis sûr qu’elles vont “repartir” dans quelques mois. En fait, beaucoup de gens ont parié à la baisse, sans que la valeur réelle des entreprises n’ait changé. L’idée que je défends est de prendre des fonds sur des livrets dormants, d’acheter des stocks d’actions à dividende sans que ce ne soit de la spéculation (on ne revend pas dans la foulée, on garde sur le long terme pour être rémunéré de cette façon).

Au final, le changement est qu’on ne sort pas manger le midi ni prendre des verres le soir.

[Laëtitia] Mon activité, en revanche, est en pause totale. J’avais développé une offre présentielle auprès des grosses entreprises – par exemple Airbus, Ministère de la Défense qui ont reporté les sessions à une date ultérieure. Je n’ai pas bien le choix, il faut savoir lâcher prise puisqu’on est tous dans le même mouvement. Je suis plus inquiète de la répercussion sur le C.A. : mon activité est cyclique, et on est censé être dans une période de forte activité. L’impact est donc plus important que si on était dans une période creuse.

Heureusement, j’ai des contrats obtenus par appels d’offres, ce qui entraîne une obligation légale de réalisation de la presta, ou des indemnisations. Et je me prépare psychologiquement à une reprise super serrée, où tout le monde va vouloir planifier ses sessions en même temps ! Dans l’immédiat, j’avais un projet que je repoussais par manque de temps : la mise en place d’une formation à la prise de parole en ligne. Je profite donc du confinement pour avancer sur ce projet, et bien sûr je lis, je réfléchis à la suite.

Il faut toujours voir le côté positif et les opportunités que ça nous apporte. J’ai un rythme très intense d’habitude. Là, on est dans un rythme plus tranquille, ça permet de relativiser le côté où on a toujours besoin de remplir son agenda !

Et demain ? [Jérôme] J’aimerais qu’il y ait une prise de conscience globale, un petit choc sur les questions sociétales et environnementales. Que les gens voient les choses autrement, ce serait une bonne chose. A titre perso, j’ai hâte de revoir mes potes, ma famille, de déjeuner en terrasse … je vois beaucoup de terrasses à court terme 🙂

[Laëtitia] On est raccord sur les envies de sorties, on a l’habitude de voir beaucoup d’amis dans notre vie. Les apéros Zoom, c’est bien, mais ça ne remplace pas le vrai contact ! Je suis quelqu’un de très tactile, et j’ai l’image d’une grande fête, d’une grande célébration quand on pourra retourner à une vie plus normale.

Du côté sociétal, je pense comme Jérôme, qu’on puisse se poser des questions sur notre consommation et notre mode de vie. Mais je doute un peu : il y aura une période un peu frileuse, l’ombre du virus ne sera pas loin, et on restera prudent un certain temps. Mais, après, je pense qu’on reprendra vite nos vies. D’autant plus que le rythme pro sera assez soutenu. Je crains en fait de revenir dans un stress de “on doit rattraper ce qu’on a pas pu faire”, et que cela nous empêche de modifier nos modes de vies.

On aura certainement d’autres crises de ce type dans les années à venir. Il faut s’y préparer, notamment en renforçant le système de santé.


Le site de Laëtitia
Le site de Jérôme


Interview Zoom du 27 mars 2020 – par Damien Caillard

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