Interview Coconfinement

Les Coworkers sans le Coworking, comment ça se vit ?

ITV coconfinement – Marie-Pierre Demarty

Présidente d’Epicentre depuis fin novembre, et activité professionnelle en auto-entrepreneur avec la Plume Agile, pour faire de la communication éditoriale : comm’ écrite, texte, conseil en communication, correction et reformulations pour entreprises, collectivités et toutes personnes morales.

Comment je vais ? A titre personnel, très bien. Je n’étais pas loin du « craquage » avant que ça n’arrive – avec mon activité professionnelle, mais aussi la reprise d’Epicentre et la procédure de redressement judiciaire dont le démarrage était très lourd à gérer. J’étais en saturation, je n’avais pas eu de week-end depuis plusieurs mois.

Avec le confinement, j’ai pu faire les choses plus tranquillement, sans m’ennuyer car j’ai beaucoup de choses à faire. Je vis en plus à la campagne, j’ai une belle terrasse, il fait beau … je suis habituée à vivre seule, à travailler en autonomie depuis chez moi, donc ça ne me change pas trop. Je reste inquiète pour mes proches, pour Epicentre et pour la planète.

Le magnifique village de Saint-Maurice, vu depuis la terrasse de Marie-Pierre, son « spot café » préféré

Comment je travaille ? Mon activité pro n’est pas vraiment impactée. J’ai eu un peu de surcroît de boulot du fait de la crise pandémique, par exemple des entreprises et des comités qui discutaient sur ce sujet et qui demandaient des retranscriptions. De toute façon, mon travail peut se faire de chez moi en grande partie.

Et je n’ai pas de baisse d’activité : j’ai par exemple une demande de contenus éditoriaux pour la plateforme innovation d’un grand groupe, je n’ai même pas vu mon commanditaire pour cela, tout s’est fait à distance. Idem quand je dois “traduire” en langage plus clair des contenus techniques, comme sur la comptabilité. En fait, cela m’arrive souvent de faire des journées de travail chez moi pour être au calme, donc ça ne me change pas beaucoup en termes logistiques.

Par contre, le relationnel est différent ! Quand on s’écrit, quand on s’appelle, on prend des nouvelles, on demande comment ça va, même pour des relations pro. Cela change la nature de la relation ! Et c’est chouette, ça humanise.

Concrètement, je fais plus de pauses café sur la terrasse, de la gym ou de la danse dans mon salon, et l’apéro Zoom avec les copains le soir … mais ce sont des moments de respiration bienvenus. Et j’ai toujours Epicentre pour m’occuper : la réorganisation beaucoup plus collective, la procédure de redressement judiciaire, la reprise en main de l’organisation et de l’administratif, la clôture des comptes … ce à quoi s’ajoute la fermeture (complète ce jour), qui change beaucoup pour le tiers lieu. On aura un gros manque à gagner financier, ce qui risque de nous fragiliser encore plus, et complexifie l’ensemble de la procédure de redressement. En même temps arrivent des aides gouvernementales pour les structures en difficulté … sauf que le redressement judiciaire ne nous permet pas toujours de le faire ! Enfin, ce qu’on avait commencé à travailler sur le nouveau développement est ralenti. L’ensemble de ce projet vaut le coup de se battre, mais c’est difficile.

Comment je vois l’avenir ? C’est tôt pour le dire, mais des questions se posent. Je pense qu’il y aura des réactions très fortes dans les deux sens : beaucoup de gens prennent ce qui arrive comme un premier coup de semonce, voire une “répétition” à quelque chose de plus grave qui va nous arriver et dont ils seraient plus acteurs pour améliorer la résilience. Mais d’autres seront tentés de rattraper le temps perdu en business, en activité. Et ça va tirailler dans les deux sens.

Je reste donc très prudente à la fois sur la manière dont la crise va se terminer, et sur des crises futures qui seront plus fréquentes et de plus en plus difficiles à encaisser. Je ne crois pas à un effondrement subit, je pense plutôt à plusieurs crises qui vont s’accumuler.

A titre personnel, je ne sais pas trop non plus. Je pourrai toujours trouver du travail. Heureusement, ma vision de la communication est basée sur le sens de ce qu’on fait. Quand j’ai un interlocuteur d’entreprise que je dois aider à communiquer, ce sont les questions que je lui pose : pourquoi il fait ce qu’il fait ? Qu’est-ce qu’il apporte au monde ? Et j’ai l’impression que ces questions seront encore plus pertinentes demain, qu’on s’autorisera davantage à y réfléchir. J’espère apporter quelque chose dans cette dynamique, et valoriser cet aspect-là de mon travail.


Le site de la Plume Agile


Interview Zoom du 24 mars 2020

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