Rencontres candidats : la suite

Gouvernance et enjeux de transition à l'aune du Covid 19

Entretien / « Je pense qu’on peut aboutir à un monde politique plus consensuel » selon Jean-Pierre Brenas

Suite aux cinq « rencontres candidats » aux municipales 2020 qui se sont tenues à Epicentre en février, sur le thème de la transition écologique et sociale, nous avons proposé aux participants de recueillir leur analyse de la situation actuelle et leur vision de la résilience territoriale. Aujourd’hui, nous publions l’entretien avec Jean-Pierre Brenas, avant Marianne Maximi lundi prochain.


Voir le compte-rendu et les podcasts audio des « entretiens candidats » de février 2020


Conseiller régional Les Républicains, Jean-Pierre Brenas est candidat aux élections municipales 2020 – il a obtenu 20,74% des voix au premier tour, avec sa liste Révéler Clermont. Il était le premier de cinq candidats à intervenir à Epicentre, le 10 février dernier, dans le cadre d’une “rencontre candidat” publique, au cours de laquelle il a détaillé son programme et sa vision écologique pour Clermont. Mais c’était avant la crise sanitaire du Covid-19 …

Aujourd’hui, après plus d’un mois de confinement, comment Jean-Pierre Brenas analyse-t-il la crise actuelle ? En quoi révèle-t-elle la problématique de résilience territoriale, et quel lien a-t-elle avec la transition écologique et sociale ?

Comment interprétez-vous la crise actuelle ?

Ce qu’on vit n’est pas une crise mais une catastrophe. Aucun territoire n’était bien préparé. Je pense qu’il faut vivre cela comme un “reset” dans notre façon de vivre, un “correcteur” comme dit Bill Gates – parce qu’on prenait de mauvaises habitudes. C’est plutôt une bonne chose.

Nous sommes face à une catastrophe qui aurait pu être naturelle : canicule, inondation, mais aussi une guerre chimique – les gens qui portent des masques me donnent cette impression ! Cela doit nous donner des leçons sur la résilience territoriale pour anticiper une crise [de ce type]:

  • développer une résilience sanitaire : avoir des stocks de masques en bon état et régulièrement vérifiés – la ville avait entreposé 15 000 masques H1N1 aux Carmes mais les locaux ont été inondés et tout a été perdu ! Voir également comment l’industrie peut s’adapter pour réagir rapidement aux catastrophes, comme Hermès, Vuitton ou Michelin et tous ceux qui prennent des initiatives concrètes.
  • tendre vers une auto-suffisance alimentaire : on peut être coupé du jour au lendemain de moyens d’échanges ! On peut pour cela développer des circuits courts via une ceinture maraîchère. Le secteur de la Limagne est propice à cela, mais il faut y adjoindre une plateforme numérique qui indique des lieux de collecte – par exemple une école, un marché ouvert en drive de temps en temps … et c’est à développer sur le numérique. Cela peut servir aussi à s’organiser entre consommateurs.
  • anticiper qu’on pourra moins facilement se déplacer : en mobilité et urbanisme, il faut construire la ville en intégrant cela : rapprocher l’habitat et les lieux de travail ou de vie, ne pas avoir à faire 20 km par jour pour aller de l’un à l’autre.
  • être indépendant au niveau énergétique : je pense que la production géothermique dans la Limagne, aller chercher de l’eau très chaude à 5 ou 10000 m sous terre, c’est possible
  • pouvoir orienter l’enseignement supérieur et la recherche sur la résilience : je pense à la veille géologique du laboratoire Magma et Volcans, à la recherche sur les nouveaux matériaux, sur la viralité également – et ça se passe à Clermont ! Par exemple, Biorcell 3D propose de fournir des tissus biologiques artificiels. Mais nos laboratoires doivent adapter leur recherche aux urgences du moment.

Le « selfinement » que l’on demande à tous nos interviewés sur le blog d’Epicentre …

Plus globalement, on aura besoin de plus d’unité sociale, et cela dépendra de la “mise à niveau numérique” de la population. Nos concitoyens doivent avancer ensemble, il faut réduire les fractures, et notamment la fracture numérique ! Pour que chacun profite des services et des protections. Cela passe notamment par un tiers-lieu que j’ai proposé à l’hôtel Dieu, pour faire en sorte que les Clermontois soient mieux informés, mieux formés, et profitent des aides sociales – au sens large – pour le numérique. On voit que les personnes isolées, les personnes âgées aussi, sont loin du numérique et cela pose un vrai problème.

Cela doit nous donner des leçons sur la résilience territoriale pour anticiper une crise.

Pour cela, j’avais proposé un adjoint dédié à la santé, au numérique et à l’écologie. Il me semble aujourd’hui qu’on a encore davantage besoin du numérique pour protéger sa santé, qui est dépendante de la qualité de l’air et plus largement de la planète, et qui impacte aussi notre façon de vivre, de nous déplacer, de construire … La question pour moi ici est donc celle de la résilience. Cela pourrait être le titre officiel de cet adjoint : “Monsieur Résilience Territoriale”.

Comment peut-on sortir du confinement ?

En période de confinement, l’élu doit privilégier la sécurité des agents, notamment ceux du CCAS qui peuvent rentrer dans des lieux potentiellement contaminés. Également les agents de la voirie, de l’eau, de l’assainissement. Ca se met en place, mais j’ai encore vu beaucoup d’éboueurs qui n’ont pas de masque. Ce n’est pas normal, mais on attend les masques fournis par l’Etat ! Et, plus globalement tous les commerces et services nécessaires à la vie quotidienne – dont l’alimentation – doivent être privilégiés.

Après confinement, ce sera difficile d’imposer le port du masque – les arrêtés n’étant apparemment pas légaux. Mais cela peut sans doute évoluer rapidement.

L’unité sociale (...) cela dépendra de la “mise à niveau numérique” de la population.

Par la suite, peut-on dépister systématiquement pour confiner de manière ciblée ? Je suis favorable à cela, plutôt que le confinement massif. Mais c’est un vrai débat de société ! “Libertés individuelles versus santé” … c’est le modèle de la Corée du Sud, auquel je suis favorable, mais qui prendra du temps car les gens ne sont pas prêts.

Néanmoins, je pense que le gouvernement va dans ce sens. Et que nous serons préparés pour la prochaine épidémie : quand quelqu’un sera testé positif, il sera confiné chez lui, repéré par son smartphone.

Mais dans l’immédiat, c’est dur, mais la population doit s’immuniser … et cela passe par une majorité de contaminations. Ce n’est pas choisi mais subi. Le confinement sert à ce que les hôpitaux “absorbent” le choc. Je pense alors à un déconfinement progressif par région, en commençant par les plus touchées – puis les gens les moins fragiles seront déconfinés en premier, et enfin on devra respecter la distanciation sociale pendant des mois ! Les écoles, les bars, les restaurants, ce sera compliqué … Et ce qui sera décisif, c’est quand on disposera de tests faciles à administrer et de manière massif. Donc, pour le court terme : progressivité, et tests sérologiques. Ce en l’absence de vaccin.

Pendant la « rencontre candidat » avec Jean-Pierre Brenas à Epicentre, animée par Pierre Gérard, le 10 février dernier

Comment voyez-vous le monde de demain ?

On n’empêchera pas une forme de relocalisation des activités au niveau mondial. Mais notre monde restera forcément interconnecté, ne serait-ce que par les moyens de déplacements dont nous disposons !

Je pense que la politique locale, surtout, sera différente. Au niveau des villes, de la Métropole, il faudra re-prioriser les investissements, car on aura moins de moyens. A mon avis, ce sera plus de social pour la Ville, plus d’économie pour la Métropole. Et une gestion plus rigoureuse ! On s’achemine vers 30% de recettes fiscales économiques en moins pour la Métro … Il faudra en particulier être efficace sur l’accompagnement des personnes isolées ou handicapées, mais aussi le chômage – qui va exploser ! Il faudra donc accompagner le social ET l’économie.

En termes de gouvernance, je pense qu’on peut aboutir à un monde politique plus consensuel, plus sérieux. Pour moi, il n’est pas impossible que Macron, au sortir de la crise, dise : on est comme en 1945, on fait un gouvernement d’Union Nationale. Et que, au niveau local, cela nous permette d’agir avec une meilleure concertation, et moins se “taper dessus”.

Au niveau des villes, de la Métropole, il faudra re-prioriser les investissements, car on aura moins de moyens.

Une des clés locales est une place plus importante au monde associatif, à l’Economie Sociale et Solidaire. J’ai par exemple lancé Opéra Masque, une action pour que les couturières puissent fournir des masques aux personnes qui en ont besoin. Mais il y a aussi l’opération de soutien aux Aînés sur Facebook ou via un formulaire en ligne. C’est possible mais grâce au numérique, pour relier l’offre et la demande.

Je pense vraiment qu’on devra compenser la distanciation sociale physique par de la proximité sociale numérique. Des habitudes comme se faire la bise vont disparaître temporairement au moins … mais on se rapprochera différemment, par le numérique, par les tiers-lieux. Epicentre en est un bon exemple !

Vous avez insisté sur le rôle des entreprises dans la transition écologique. Comment aider au mieux le monde économique ?

Les banquiers ont pouvoir de vie et de mort sur les entreprises. Les petits commerçants touchés par la crise sanitaire passent “sous l’eau”. Ils ont une aide de l’Etat à 1 500 €, quelques garanties … mais à un moment il faut demander à la banque. Elle dit oui, ou elle dit non.

Une des clés locales est une place plus importante au monde associatif, à l’Economie Sociale et Solidaire.

Pour cette raison, je pense qu’il faut aller plus loin dans les aides : la Métropole pourrait accorder 1 000 € de plus pour les entreprises en grande difficulté. La Région le fait déjà à hauteur de 2 000 €, pour les entrepreneurs qui ont essuyé tous les refus bancaires, [plus un système de garantie bancaire]. Cela dépend des activités : il ne faut pas soutenir artificiellement une entreprise vouée à la faillite ! Mais avec un bon business plan, en lissant les dettes sur 1 ou 2 ans, ça peut marcher.

L’Etat a intérêt à l’aménagement du territoire, c’est évident ! Mais ça ne marche que quand les entreprises sont soutenues. La Métropole, par exemple, malgré ses moindres recettes fiscales, devra maintenir des investissements. La commande publique doit tourner. L’Etat a donc intérêt à garantir des emprunts privés. On peut cependant tout à fait envisager une concertation entre les acteurs publics [nationaux et locaux].

L’Etat a intérêt à l’aménagement du territoire, c’est évident ! Mais ça ne marche que quand les entreprises sont soutenues.

Il faut aussi conditionner ces aides à une forme de transition écologique : on devrait les orienter vers les entreprises qui respectent les critères de RSE, la Responsabilité Sociétale et Environnementale. Parce que c’est moins cher au global, et que c’est ce qui bénéficie à tous.

Jean-Pierre Brenas interviewé en visio par Pierre Gérard et Damien Caillard

Et quel est l’avenir de l’Europe ?

Une catastrophe, hélas, c’est ce qu’il faut pour changer les habitudes. L’Europe par exemple est un sujet majeur. On a vu hier que l’Etat doublait son aide, mais que les pays ont besoin de l’Europe. Je crois qu’on avancera pas tant qu’on n’aura pas aligné les règles de fonctionnement budgétaire des différents pays. Il y a des pays – du Nord – qui font plus d’efforts, et qui n’ont pas envie d’éponger les dettes des pays à la gestion considérée comme moins rigoureuse – ceux du Sud, par exemple.

Pour avancer dans le sens de la transition écologique et sociale, il faudrait une plateforme commune en s’appuyant par exemple sur des critères RSE dans chaque pays, et qui valorise une action à deux niveaux : local et européen.

Au final, une chose qui vous a marqué récemment ?

Je suis abasourdi par la générosité des gens. Par exemple sur l’opération des masques … c’est incroyable ! On entend beaucoup les gens qui râlent, mais on voit actuellement qu’il y a aussi beaucoup de solidarité à Clermont. D’où l’idée d’aller plus loin avec le numérique notamment. La force d’un territoire, c’est sa capacité à rester uni et à se relever ensemble.

 


Pour en savoir plus : le site de Jean-Pierre Brenas
Contacter Jean-Pierre Brenas par mail : [email protected] ou par téléphone : 06 61 63 36 88


Propos recueillis par Damien Caillard et Pierre Gérard le 10 avril 2020, mis en forme pour plus de lisibilité, puis relu et corrigé par Jean-Pierre Brenas. Photo selfinement de Jean-Pierre Brenas.

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