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Comment les initiatives autour d'Epicentre se réinventent suite à la pandémie

Rurener participe à l’indépendance énergétique de l’Europe

Rurener est lié intrinsèquement à la résilience. L’association se concentre sur la transition énergétique des territoires ruraux en Europe, à travers trois angles : connecter, partager, acter. Ainsi, Rurener n’est pas un groupe de techniciens, mais plutôt un catalyseur des nombreuses initiatives des élus locaux qui sont souvent isolés et qui trouvent un second souffle dans la coopération européenne. . Echange avec Théo Durand, salarié de l’association et très engagé sur la thématique de la transition écologique et sociale des territoires.

Pourquoi es-tu globalement optimiste sur la résilience des territoires ruraux ?

Parce que les territoires ruraux ont une capacité d’organisation qui leur est propre, et qui les rend plus résilients en temps de crise. Pourquoi ? C’est une question de ressources disponibles : un territoire rural a de l’agriculture à proximité, des communautés sociales ou d’entraide qui fonctionnent à petite échelle – et qui sont liés au monde rural.

Pourtant, les territoires ruraux sont aussi liés aux centres urbains …

[En effet], beaucoup de territoires ruraux vivent une désertion économique, ou se transforment en “banlieues dortoirs” : ils sont donc dépendants des villes, et de la société en général.

Quand une partie de la société globale se dérègle, comme actuellement, on voit que les territoires ruraux peuvent très vite activer ou réactiver leurs systèmes de circuits courts et d’entraide locale. La moindre dépendance à la technologie aide aussi, sauf sur un point : l’énergie. En Europe, on est trop dépendants des énergies fossiles !

Délégation de Rurener au parlement européen

Pourquoi Rurener travaille-t-elle sur un périmètre européen ?

On mène le combat de la transition énergétique en milieu rural, car cette thématique était longtemps portée par les villes – davantage “vitrine”. Aujourd’hui, l’euro-scepticisme monte, et il vient beaucoup des campagnes. On l’a vu pendant la campagne du Brexit, où les “campagnes” l’ont emporté sur Londres !

Dans l’autre sens, on doit relayer les problématiques du monde rural au niveau de l’Europe. On travaille là-dessus en s’alliant avec des mouvements européens. Notre travail consiste à “traduire” les besoins pour que les élus européens y soient sensibilisés et puissent agir avec leurs moyens.

Comment accompagnez-vous ces territoires ruraux dans une démarche de résilience ?

Quand on parle d’énergie, on parle de production et de consommation. [Ces territoires] sont généralement en “bout de réseau”, loin des centrales de production électrique – donc, ils “trinquent” en premier quand il y a des problèmes d’alimentation. En plus, 70% des énergies utilisées en France sont non-électriques, et proviennent du gaz ou du pétrole, mobilité incluse.

On propose donc de relocaliser la production énergétique, de la ramener en proximité. Mais on doit aussi travailler sur sa consommation. Ça passe par de l’innovation, de l’acceptabilité sociale et la création de nouveaux modèles économiques.

Nous accompagnons donc les membres de Rurener pour qu’ils actent leurs projets d’infrastructures de production d’énergie renouvelable en local ou de rénovation. Pour cela on donne de la visibilité à leur projet à l’échelle européennes (financements, plaidoyers …) et on partage des ressources pour qu’ils s’essaient à des pratiques innovantes et démocratiques dans la mise en place de la transition énergétique en Europe.

Visite d’une usine produisant des granulés bois en Belgique, avec la délégation d’élus Rurener

Quel est selon toi l’impact de la crise du Covid-19 sur la notion de résilience territoriale ?

Si on prend l’exemple de l’industrie pétrolière : on en est clairement dépendant, mais on voit que dès qu’il y a une crise, la machine énergétique s’emballe – au niveau des tarifs, pour l’instant. Si on est dépendant de ressources extérieures à l’Europe, comment fera-t-on demain quand les crises seront encore plus violentes que ce que l’on vit aujourd’hui ?

Notre combat, chez Rurener, est de participer à l’indépendance énergétique de l’Europe et dans le même temps réduire ses besoins. C’est notre vision prospective : que l’énergie soit partagée par l’ensemble des territoires, urbains et ruraux, et qu’elle soit utilisée de la manière la plus efficiente.

Est-ce qu’on sera les mêmes avant et après cette crise ? Les citadins ont en partie fui la ville pour se mettre au vert pendant le confinement, mais est-ce que la société reprendra le dessus après ? En tous cas, le Covid-19 a montré que beaucoup de gens sont en ville pour des raisons économiques (emploi) et sociales (proximité), mais qu’en cas de crise on revient à l’essentiel, et que ce sont les espaces ruraux qui le permettent.


Voir le site de Rurener


Propos recueillis par Damien Caillard le 9 avril 2020

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