Interview Coconfinement

Les Coworkers sans le Coworking, comment ça se vit ?

ITV coconfinement – Aurore El Baz

Dans une vie antérieure (pas si lointaine quand même), Aurore a été salariée d’Épicentre. Depuis un an et demi, elle a été recrutée par Michelin comme commerciale de terrain pour vendre des pneus de camions, basée jusqu’ici à Vichy, avec une journée en « home office » qu’elle aime bien, de temps en temps, faire à Épicentre. Aujourd’hui elle est privée de terrain, mais aussi dans une drôle de transition professionnelle, sa mutation pour le secteur du Puy-de-Dôme restant en suspens pour cause de confinement. Elle nous raconte…

Comment je vais ? Très bien. Je suis en bonne santé. J’ai fait le choix d’être salariée et c’est un avantage incontestable. J’ai un cadre de vie très agréable : une maison au calme, confortable, avec un jardin… en plus il faut beau. Et je peux profiter d’une ressource inhabituelle de temps et de disposition mentale, pour faire mieux et plus tranquillement ce que j’aime faire : sport, yoga, lecture, formations.

J’aurais dû déménager le 7 avril pour m’installer à Clermont et j’avais posé mon préavis ; c’est reporté à la fin du confinement mais je ne le vis pas comme une contrariété : j’ai pour habitude de considérer que face aux aléas de l’existence, si on ne peut rien faire, on s’adapte. J’ai été agréablement surprise de voir comment les propriétaires ou les agences immobilières habituellement si rigoureuses sur les délais sont du jour au lendemain devenus très flexibles. J’ai déjà les clefs de mon nouveau logement alors que je n’ai pas encore fait l’état des lieux ! En attendant, j’ai ressorti des cartons mes moules à gâteaux, parce que c’est important dans cette période !

Et puis c’est aussi une sensation intéressante de dichotomie d’être à la fois dans l’immobilité du confinement et dans la projection d’un changement de vie important à de nombreux égards. Ça peut paraître bizarre de dire ça alors que beaucoup de gens vivent mal le confinement, mais pour moi, c’est une période enrichissante où j’apprends beaucoup sur moi, sur mon rapport au travail, à la vie sociale et où je suis parvenue à faire taire mes inquiétudes sur le fait de vivre seule par exemple.

Le selfinement de la chaise longue… qui se dit heureuse d’être confinée dans le jardin d’Aurore.

Comment je travaille ? Le confinement a énormément changé mon travail, à la fois sur la forme et sur le fond. Et je suis passée à temps partiel : je dois poser deux jours par semaine.

Dans la forme, je passe normalement quatre jours sur cinq sur les petites routes de l’Allier et de la Creuse, avec trois heures de route quotidiennes en moyenne, en déjeunant au restaurant et en voyant constamment des clients, des camions et des pneus. Aujourd’hui ça fait bizarre d’être enfermée et ça me manque de ne plus voir ni pneus, ni camions. Quant aux clients, je m’applique à les appeler, non pour vendre mais pour maintenir le contact : je m’informe de leur santé, de celle de leurs proches et de leurs employés, de leur activité. Ils y sont très sensibles.

Sur le fond aussi mon activité a changé. Je n’ai plus d’activité commerciale proprement dite. Outre cette veille relationnelle, je me mets à jour sur l’administratif et les data et je fais beaucoup de formations en ligne, ce qui est indispensable mais qu’on n’a jamais le temps de faire en marche normale.

Je suis aussi très fière de travailler pour une entreprise qui a très vite décidé de retirer tous ses personnels des routes et des usines pour protéger la santé de ses collaborateurs et de ses clients, et qui a aussi eu une grande réactivité pour lancer la fabrication industrialisée de masques. Je me suis très vite portée volontaire pour y participer mais je n’ai pas été retenue car ils souhaitaient des volontaires disponibles à 100% et sur place à Ladoux.

Et l’avenir ? Pour ma part il va y avoir de grands changements en sortie de confinement mais pas dus à la crise sanitaire : je vais changer de poste de travail, de cadre géographique, familial… Une des premières habitudes que je prendrai à Clermont sera de revenir faire mes journées d’administratif les lundis à Épicentre.

Professionnellement, je m’interroge sur les impacts économiques pour le secteur des transports et des pneus et je me demande comment mes clients vont surmonter cette période ; je ne ressens pas forcément cette inquiétude quand je les appelle, mais je ne sais pas si c’est par résilience, par résignation ou par difficulté à évaluer ce qui les attend.

Plus généralement, je me demande si les habitudes de vie et de consommation vont changer. Est-ce que tout le monde va se ruer sur les achats dont on est privé ? Je suis assez pessimiste là-dessus et même fataliste. Il en sera de même en politique : des candidats qui promettront de tout changer mais finalement ça ne change jamais… Une bonne mesure serait par exemple d’interdire tous ces commerces où on vend des babioles en plastique à durée de vie limitée… Dans l’ensemble, les perspectives ne sont pas rassurantes mais il faudra faire avec.

Une chose est sûre : même si je n’aime pas particulièrement Clermont, je suis confortée dans mon choix de vie, fait il y a six ans, de quitter la région parisienne pour l’Auvergne. Je me rends compte plus que jamais à quel point il est bénéfique !


Hum… Est-ce que vraiment vous avez besoin qu’on vous aide à trouver le site internet du n°1 mondial du pneumatique?


Interview téléphonique du 16 avril 2020 – par Marie-Pierre Demarty

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