Interview Coconfinement

Les Coworkers sans le Coworking, comment ça se vit ?

ITV coconfinement – Jean-David Olekhnovitch

L’interview du jour est un peu particulière car elle a été réalisée avec un décalage horaire de cinq heures. Jean-David est un des cofondateurs d’Épicentre et a longtemps siégé au conseil d’administration. Aujourd’hui, cet électron libre s’est un peu éloigné mais passe régulièrement prendre des nouvelles, discuter de divers projets ou faire partager son expérience aux incubés de CoCoShaker. Informaticien, il a participé à de nombreuses aventures entrepreneuriales, lancé ou dirigé des projets. Aujourd’hui, il intervient généralement en sous-traitance, pour mener dans des entreprises des missions techniques, compléter des équipes, etc. Par choix, il partage son temps entre des clients en France et au Québec. C’est dans la Belle Province que les mesures de confinement l’ont surpris.

Tu es resté au Canada, quelle est ta situation ?

J’y suis depuis un peu plus de deux mois. Quand le confinement s’est mis en place, je me suis posé la question de revenir, mais j’ai finalement choisi de rester pour utiliser mon visa jusqu’à son terme, vu que finalement, être confiné ici ou ailleurs ne change pas grand-chose. Mais je rentre à Clermont cette semaine, par l’unique vol quotidien, quasiment vide à ce que je sais, maintenu entre Paris et Montréal notamment pour les ressortissants à la traîne comme moi…

Je rentre donc pour une question de visa, mais aussi parce que je me partage entre des clients français et québécois. Il est temps que je m’occupe un peu plus des premiers et que je leur fasse moins subir le décalage horaire : c’est leur tour.

Comment se passe le confinement au Québec ?

Il s’est mis en place environ dix jours après la France, mais avec des règles moins strictes. Il n’y a pas de policiers dans les rues pour mettre des PV. Parce qu’ici l’usage a précédé l’obligation. Les restaurants ont fermé d’eux-mêmes, les gens se sont organisés. Il n’y a d’ailleurs pas vraiment eu d’annonce officielle, seulement des mesures pour les écoles ou les entreprises. La seule vraie interdiction est celle des rassemblements.

On ne peut pas dire que tout est rose mais l'état d'esprit ici est différent.

 

De plus nous avons ici beaucoup moins de cas de coronavirus qu’en Europe et a fortiori qu’aux États-Unis voisins. Je ne sais pas si c’est par chance ou en raison de la discipline, sans doute un peu des deux.

Pour le reste, je pense que ça se passe plus ou moins comme en France. Mais ce qui est très différent est l’état d’esprit. Il y a ici un mantra que tout le monde répète, accompagné d’un petit arc-en-ciel : « ça va bien aller ». Le Premier ministre, les gens à la télé le répètent. Les enfants font des dessins sur ce thème. On le voit partout. Ça donne un côté très Bisounours, mais je dois reconnaître qu’entendre marteler sans cesse un message positif, ça fait du bien. On perçoit aussi cet état d’esprit dans le fait qu’il y a ici la même pénurie de masques qu’en France, les mêmes erreurs politiques, les mêmes problèmes, mais ici ça ne crée pas de polémique.

On ne peut pas dire pour autant que tout est rose. D’un point de vue économique c’est une catastrophe, le système de chômage ressemble plus à celui des USA qu’au nôtre et les gens vivent mal cette période, mais l’état d’esprit est différent. Vu d’ici, je perçois assez violemment le côté râleur des Français, même s’ils ont objectivement de bonnes raisons de râler.

Jean-David

Le selfinement de JD : confiné au Canada mais avec un décor bien français, histoire d’être au diapason de ses clients des deux côtés de l’Atlantique.

À titre personnel, comment vas-tu et comment vis-tu ce confinement ?

Je vais bien. Certes le confinement fait que je ne peux plus voir d’amis, que je vis les mêmes mesures barrières de distanciation sociale quand je vais faire mes courses. Mais à part ça, cela change peu mon quotidien. Maintenant que mes enfants sont adultes, j’ai eu envie de découvrir le monde et notamment, je vais souvent au Canada ou à La Réunion. De ce fait je vis toujours un peu en transit, avec une valise à portée de main. Ce qui change, c’est l’effet contraint : le fait d’être privé de liberté de mouvement, cela donne envie de bouger…

Et pour le travail, ça se passe comment ?

Ça change très peu, à part que je ne vais pas voir mes clients de Montréal. Le télétravail fait partie de mon quotidien depuis longtemps.

Ça me fait d’ailleurs un peu sourire de voir tout le monde s’y mettre, alors que j’ai passé tant d’années à évangéliser cette pratique. Je ne fais pas pour autant de triomphalisme, au contraire j’en perçois mieux les limites ; je me rends compte que pour plein de gens ce n’est pas adapté et j’espère qu’après le confinement, on va préserver une part de télétravail mais en étant nuancé sur la façon de l’utiliser. Tout le monde ne doit pas rester en télétravail mais ça a du bon même pour l’entreprise, car cela oblige à faire les choses plus rigoureusement : les informations ne peuvent plus circuler uniquement de façon informelle autour de la machine à café, même si du point de vue humain on a aussi besoin de la machine à café. Avoir du personnel en télétravail oblige à être plus carré dans le partage des informations. Et ça amène un côté plus inclusif.

À part cet aspect, comment vois-tu l’avenir ?

Je ne pense pas que beaucoup de choses vont changer. Le coronavirus agit comme un miroir où chacun projette ses fantasmes de changement ou de révolution, mais je n’y crois pas trop.

Je pense qu’il va cependant y avoir un besoin urgent de solidarité. Cela va être un jeu de massacre si on ne se serre pas les coudes. Cela me ramène à Épicentre : là où on a vu plein de projets naître et mourir, on va avoir besoin de solidarité entre porteurs de projets. L’utopie de départ était que le lieu soit une plateforme de base pour permettre que les gens aient un lieu de travail mais sa finalité n’était pas là : elle était surtout de créer le maximum d’interactions et d’entraide pour permettre les projets. Peut-être qu’on a failli à un moment dans cette mission, mais il va y avoir obligation de la réactiver.


Pour en savoir plus : le site de Jean-David


Interview par Skype réalisée le 20 avril 2020 par Marie-Pierre Demarty

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