Interview Coconfinement

Les Coworkers sans le Coworking, comment ça se vit ?

ITV coconfinement – Lionel Faucher

Lionel est entrepreneur et porteur de la licence TEDxClermont – une initiative bénévole pour partager des idées qui le méritent, sous forme d’une conférence annuelle avec une dizaine d’intervenants de différentes disciplines, des scientifiques aux philosophes en passant par les entrepreneurs ou même des aventuriers. Proche d’Epicentre depuis que le tiers-lieu est rue Saint-Dominique, Lionel est devenu membre du C.A. fin novembre 2019.

Comment je vais ? Je vis plutôt bien ce confinement, je fais partie des chanceux. J’ai l’habitude de travailler de chez moi, où j’ai mon bureau. Le confinement ne change pas fondamentalement mon fonctionnement professionnel et mon implication associative. La connexion Internet est bonne, l’environnement est simple à vivre, et je n’ai aucun problème à rester à la maison.

J’essaye de partager des moments en ligne avec mes proches et mes amis, en particulier celles et ceux qui sont seuls. Je dois signaler que je me suis auto-confiné le 9 mars, en même temps que l’Italie. [Car] je suis en contact avec beaucoup de personnes à l’étranger [via le réseau TEDx]. Et, par ce réseau, en parlant avec des gens en Chine, à Singapour et en Italie, j’avais compris que l’épidémie était sérieuse et qu’il fallait s’attendre à l’annulation de nombreux événements et de tous les rassemblements. Ce décalage dans le temps de l’impact en Asie, en Italie et en Europe, puis maintenant en Amérique, est malheureusement assez logique.

Comment je travaille ? Il y a eu pas mal de chamboulements pour toute l’équipe TEDxClermont – le fait de travailler à la maison, le lieu de l’isolement, la gestion des enfants … Pour l’instant, on continue à préparer un événement, qu’il ait lieu le 4 juillet, ou plus tard ! On ne sera pas seuls décideurs de toute façon.

On avait annulé la date précédente [en septembre 2019] car le délai était trop court pour proposer un événement de qualité. Côté intervenants, on a bien avancé ! Chacun s’est adapté. Le coaching à distance était déjà une habitude, ça nous permettait d’être plus souvent présent aux côtés des speakers – une partie d’entre eux venant d’autres villes.

On avait aussi des TEDxSalons [petits événements en cours d’année] qui ont été transformés en événements en ligne. Beaucoup d’organisateurs de TEDx dans le monde se posent des questions, et essayent d’inventer des formats en ligne innovant – on réfléchit à cela au niveau international, c’est très bien ! TEDxOslo [en Norvège] ou TEDxRiodelaPlata en Argentine ont basculé leurs événements annuels en ligne, avec des interventions plus courtes. On a aussi le format des “conversations” organisés à Vienne en Autriche ou encore à Lagos au Nigeria, format que l’on [teste demain] jeudi [9 avril à 15h] avec Gaël Giraud. Ce sera le premier d’une série d’événements organisés en collaboration avec d’autres TEDx francophones, à Tours, mais aussi Toulouse, Rennes … – et qui porteront sur la crise actuelle et ce qui se passera après…

Et demain ? Ma lecture personnelle, en tant que “témoin”, est que cette pandémie était prédite depuis longtemps, et étudiée par de nombreux spécialistes en virologie et épidémiologie. Bill Gates a notamment délivré un talk sur la scène de TED il y a 5 ans à l’attention du grand public, il y a eu des rapports des services de renseignements… On savait que ça allait arriver, surtout depuis plusieurs “alertes” récentes (Ebola, H1N1 …) qu’on a heureusement pu contenir.

Première surprise, donc : que l’épidémie nous ait pris de court. Deuxième surprise : le fait qu’on soit parvenus à arrêter une bonne partie de l’économie planétaire. Dans toutes les réflexions, depuis les administrations locales et les organisations internationales, c’était impensable ! Arrêter les avions, fermer les frontières, enfermer les gens chez eux … tout cela à cause d’une pandémie avec un taux de propagation important, et un taux de mortalité non négligeable mais pas catastrophique non plus.

Est-ce que cette décision [du confinement] était bien rationnelle ? C’est trop tôt pour le dire. Mais elle s’est imposée à la majorité des gouvernements, sous différents types de régimes politiques. Que va-t-il se passer demain ? Comme on n’a jamais confiné la moitié de la planète, on ne sait pas ce qui va redémarrer, et comment ? Dans cette période, on sépare clairement ce qui est nécessaire de ce qui est superflu – on se rend compte que certaines choses ne sont pas si indispensables que ça !


Lire l’entretien : « Une pandémie est un sujet très complexe à appréhender » par Lionel Faucher


Et puis, comment va-t-on sortir du confinement ? Quelles interdictions seront levées, avec quelles jauges, à quels endroits ? Sachant qu’on n’a pas toutes les réponses sur le virus, la non-contagion, les traitements, les vaccins … Comment rouvre-t-on les hôtels, les restaurants, comment remplit-on les avions, comment le tourisme se remettra-t-il en route et quand les gens accepteront-ils de voyager à nouveau ?

Enfin que vont faire les entreprises ? Comment redémarre-t-on avec des charges et pas de produits pendant un temps ? Cela pose la question de la puissance du service public, des banques centrales, etc. Est-ce que nos dirigeants se diront que l’argent n’est finalement qu’une construction de l’esprit, ce qui est apparemment la piste de l’Allemagne et de la France ? Pour moi, c’est la première crise non financière où on n’a rien “cassé”, rien « détruit » ! On a juste arrêté la machine. La clé de la sortie de crise sera dans l’espace public. La décision de confinement a mis la vie des gens – en tous cas dans les pays qui en ont les moyens – au-dessus de l’économie… Maintenant, il faut que l’on gère bien la reprise ou la transition …


Pour en savoir plus : le site de TEDxClermont


Interview Zoom du 6 avril 2020 – par Damien Caillard

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