Interview Coconfinement

Les Coworkers sans le Coworking, comment ça se vit ?

ITV coconfinement – Marion et Lancelot

Marion dirige l’incubateur d’entreprises sociales CoCoShaker dont l’activité est basée à Épicentre depuis sa fondation. Lancelot a été coworker, a animé l’association La Rue créative elle aussi née à Épicentre et surtout, a été le sourire qui vous accueille, le gars qui vous renseigne, le Géo Trouvetout qui vous dépanne, le bon génie qui vous met en relation avec la personne dont vous avez besoin… en bref, la nounou de nos coworkers. Il vient de nous quitter pour rejoindre l’équipe de Cisca, une autre initiative née dans nos locaux, qui met des chercheurs en sciences sociales à la disposition du tissu socio-économique local. Mais il est toujours de la famille Épicentre, où il siège au conseil d’administration – tout comme Marion, au titre de CoCoShaker – et fait encore sa part de bénévolat.

Marion et Lancelot font partie des quelques « couples Épicentre » et donc, comme ils confinent ensemble, on les interroge ensemble, avec en musique de fond quelques interventions sonores de Viggo, leur bébé âgé de 9 mois.

Comment nous allons ?

Marion : le mot qui me vient, si je peux me permettre… c’est le bordel ! On s’occupe de Viggo, on mange en même temps, on t’appelle, il y a l’ordinateur pas loin…

Mais sinon, ça va. Nous venons de passer un mois au lac Chambon où nous avions choisi de nous confiner avec des amis, à six en comptant le bébé. Nous avons pu faire des balades autour du lac dans la limite du périmètre autorisé, et nous profitions de nos amis qui ne travaillaient pas tous et qui nous aidaient à nous occuper du bébé. Mais nous avons dû rentrer il y a deux jours et c’est plus compliqué pour concilier le travail et la vie quotidienne. Disons que l’organisation est en cours… Nous faisons aussi plus de sport. Et nous passons notre temps à nous dire que le plus heureux dans tout ça, c’est Viggo.

Le selfinement de Marion et Lancelot… ou l’art difficile de tout faire en même temps.

Comment nous travaillons ?

Lancelot : J’ai commencé mon nouveau job deux jours après le confinement et ce n’est pas simple ! Même si je les connaissais avant, je n’ai pas encore rencontré l’équipe. J’ai un rôle de coordination de projets, avec de l’administration, le contact avec les doctorants et l’équipe, etc. C’est compliqué parce que je n’ai pas les docs, les papiers… mais on arrive quand même à avancer et on a maintenu pas mal d’activité. Je suis quand même passé à 70% de temps depuis début avril.

Malgré tout j’ai l’impression d’avoir bien compris le travail et de l’avoir pris à bras le corps. Grâce à l’instance de gouvernance et à la personne qui m’a précédé dans ce rôle, le tuilage s’est bien fait, même si je n’ai pas encore vu toutes les facettes de ma mission.

J’ai quand même un souci : mon ordinateur a été malencontreusement arrosé par une tisane et je dois travailler sur une vieille machine de 2012 qui commence à « péter un câble » !

Marion : Pour ma part, à l’inverse, j’ai procédé à un recrutement pendant le confinement. Je ne pensais pas arriver jusque-là, mais nous avions une offre de poste qui se clôturait justement le 17 mars. Nous avons fait les entretiens à distance et je pensais qu’on ferait seulement une pré-sélection, mais finalement nous sommes allés jusqu’au bout. La personne ne prendra son poste qu’après le confinement et il y aura quand même une conséquence : étant donné le potentiel impact financier de la crise sur CoCoShaker, nous avons revu les contours de sa mission, qui devait porter uniquement sur la communication mais qui sera un peu plus polyvalente.

Nous avons par ailleurs accueilli un stagiaire, que nous avions recruté avant le confinement et nous avons tenu à le garder : c’était pertinent car il travaille sur la mesure de notre impact social, sujet qui continue de courir. Et ça se passe plutôt bien.

Pour le reste, nous avons dû adapter notre activité. Nous avions beaucoup d’événements prévus, qui ont dû être annulés. Mais nous en avons organisé certains en ligne, avec plus ou moins de succès : une rencontre porteurs de projets qui n’a pas bien fonctionné ; un déjeuner inspirant avec le fondateur de la ressourcerie d’Issoire qui a eu presque plus de succès que ceux qu’on fait en présentiel, avec dix-huit participants. Même adaptation pour le programme d’incubation grâce au travail de Pauline : selon les intervenants et les formats, certains temps ont été reportés, d’autres basculés en ligne. Mais dans l’ensemble nous arrivons à maintenir une activité.

Et l’avenir ?

Marion : Jusqu’ici j’avais tendance à rester optimiste, mais j’ai aujourd’hui une vraie crainte que les structures et les partenaires deviennent plus autocentrés. J’ai mis du temps à me confronter avec cette réalité, mais j’ai reçu des retours de certains de nos financeurs qui ne souhaitent plus s’engager autant que ce qu’on espérait. Et j’ai aussi des craintes pour Épicentre, qui était déjà fragilisé avant la crise sanitaire.

Lancelot : Notre monde a une fâcheuse tendance à l’homéostasie, c’est-à-dire à revenir toujours à son équilibre ; et les premiers éléments d’information sur le déconfinement vont dans ce sens : tout ce qui est annoncé en termes de politique, d’économie, d’enseignement, etc. n’est pas du tout résilient. Même si elle force un peu le trait, je retiens cette formule que « la réouverture des écoles le 11 mai, c’est la garderie du Medef ».

Peut-être que les collectivités locales peuvent bouger un peu, notamment en se posant la question de l’autonomie d’approvisionnement, mais on se rend compte avec cette première vraie crise que les territoires ne sont pas préparés. Et pourtant je ne crois pas que ça va beaucoup changer, parce que l’impact ne sera pas encore assez fort pour faire changer les mentalités.


Pour en savoir plus :

Le site de CoCoShaker

Le site de Cisca


Interview téléphonique du 16 avril 2020 – par Marie-Pierre Demarty

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