Interview Coconfinement

Les Coworkers sans le Coworking, comment ça se vit ?

ITV coconfinement – Pauline Rivière

Le Connecteur, seconde partie : en « miroir » de l’interview précédemment publiée de Véronique Jal, Pauline est également co-directrice du Connecteur, association basée à Epicentre et qui édite le média des innovateurs auvergnats. Particulièrement branchée éditorial, numérique (vidéo notamment) et animation, Pauline fait vivre l’association aux côtés de Véronique et d’une équipe qui s’étoffe depuis un an, après un passé de free-lance à Moulins puis à Lyon.

Comment je vais ? Très bien ! Je confine bien. Etant d’une nature solitaire, je ne subis pas de plein fouet le confinement. Ma situation est plutôt confortable. La première semaine était compliquée, comme pour tout le monde, et il a fallu attendre jusqu’à vendredi pour avoir des nouvelles des gens. C’est le temps qu’il fallait pour s’organiser ! Maintenant je me dis plutôt : “haannn comment on va réussir à faire tout ça ! Trop de taff !

Je cuisine beaucoup, j’écoute plein de livres audio, je fais de la gym, je réfléchis et je rêve … et je dois dire aussi que je suis les actus du Coronavirus depuis ses débuts en Chine, quitte à être la “relou de service”. Ca me permet de mieux comprendre ce qui peut nous arriver dans les semaines et mois à venir. Concrètement, je vais deux ou trois fois par jour sur Twitter avec les bons mots-clé. C’est beaucoup moins anxiogène que de regarder en boucle BFMTV ! Quand c’est toi qui va chercher l’info, c’est très différent. D’une manière générale, la télé a tendance a amplifier le côté mélodrame, bien plus que la radio, la presse écrite ou l’internet.

Pauline en confinement. Heureusement qu’il y a avec elle une personne qui prend des photos de son appartement.

Comment je travaille ? J’étais indépendante à Moulins pendant longtemps, sans espace de coworking à l’époque. J’étais déjà confinée chez moi, et j’avais l’habitude des outils de travail à distance.  Télétravailler ce n’est pas juste travailler à la maison, c’est une organisation, il faut apprendre à structurer ses journées avec des plages différentes. J’étais un peu rouillée mais mais maintenant j’ai remis en place mes routines de l’époque et ça se passe bien. [Au final], ce qui structure ma journée, c’est le cours de sport du midi ou du soir – ça veut  dire qu’après c’est soit manger/sieste soit apéro/manger. Ma vie quoi.

L’autre problème est que je n’ai pas la wifi ! La 4G me suffisait chez moi car j’avais la wifi au bureau. Et maintenant je me rends beaucoup plus compte du volume de data consommée, pour des visio, pour regarder Netflix … je dois donc faire des choix dans la manière de travailler et des outils que j’utilise. J’ai besoin de peu pour vivre mais je ne supporterais pas de ne pas avoir Internet !

Et demain ? Je me sens un peu inutile, … certes, on continue à faire notre activité du Connecteur, mais j’avais aussi fait ma formation “auxiliaire de vie”. J’ai postulé pour voir si je pouvais aider dans les EHPAD, mais ça n’a pas marché. Je suis en train de voir si je peux aider des personnes âgées dépendantes. Je me suis aussi inscrite pour aider des agriculteurs, « aller aux champs » mais il n’y a pas de demande à proximité. Au final on parle beaucoup de solidarité mais aujourd’hui il existe peu d’outils pour proposer ses services, on est un peu démuni.

Je n’ai pas peur pour l’avenir car j’ai eu mille vies, et je me débrouillerai toujours pour rebondir. Je ne suis donc pas du tout inquiète pour moi. Ce qui m’inquiète plus, ce sont les répercussions. Est-ce que l’on va sortir plus fort de cette crise ou est-ce que nos sociétés vont se fissurer encore un peu plus ? Que va-t-il advenir de l’Europe ? En France, cette crise à mis en lumière les inégalités. Il y a ce graphique qui montre les niveaux de rémunération des métiers dits « essentiels » en pleine crise sanitaire, ils sont tellement loin (en dessous) du salaire moyen des français. Qu’est-ce que cela dit des priorités de notre société ?

Parfois je tire les cartes  (du Tarot) et j’aime beaucoup le Mat, l’arcane sans nombre. C’est la dernière ou la première des arcanes majeures. Elle illustre la fin d’un cycle ou le début d’un nouveau. J’ai l’impression que nous en sommes là. Tout est possible, nous pouvons basculer sur un nouveau cycle ou recommencer le même cycle encore et encore…

En revanche, je trouve la solidarité qui se met en place vraiment admirable. Des femmes et des hommes prennent les choses en main et trouvent des solutions au niveau local. En fait, ce que je trouve innovant, c’est le déploiement du système D alliant les nouvelles technologies pour faire circuler l’information et des êtres humains investis d’une mission solidaire. C’est fascinant aujourd’hui : sur les réseaux sociaux, on voit le meilleur et le pire de l’humanité … mais je suppose que c’est le cas pour toutes les crises ou les guerres

Il y aura forcément des évolutions après la crise, c’était le cas après la Seconde Guerre Mondiale. je parle de ça parce que je viens de terminer la trilogie de Ken Follet « la chute des géants ». On répète toujours les mêmes erreurs, on oublie, mais parallèlement les sociétés se transforment [de manière inéluctable]. Je me demande ce que les Français vont envoyer comme messages pour le second tour des municipales. Je suis aussi curieuse de voir si la démarche encore trop anecdotique des « locavores » va se transformer en une tendance de fond de relocalisation au sens large.

Depuis que je suis une ado je rêve de vivre ce grand tournant de civilisation. Peut-être que ce sera le cas au final…


Lire l’article : « une occasion de recréer du lien pour le Connecteur »


Interview Zoom du 26 mars 2020 – par Damien Caillard (par ailleurs président du Connecteur)

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