Interview Coconfinement

Les Coworkers sans le Coworking, comment ça se vit ?

ITV coconfinement – Pierre Gérard

En transition vers une nouvelle activité de consultant indépendant en innovation et transition – sous le label « Regards mêlés » – et journaliste, Pierre est un coworker occasionnel mais que l’on voit pourtant fréquemment à Epicentre, de par ses engagements divers : notamment pour TEDx Clermont, le Connecteur, le club Open Innovation et dans nos nouvelles orientations sur le thème de la transition écologique. Au point qu’il a intégré en novembre dernier le conseil d’administration d’Épicentre.

Nous avions vraiment besoin de lui poser la première question…

Comment je vais ? Je me suis fait quinze jours de symptômes du covid-19 depuis le 15 mars mais maintenant ça va. J’ai eu la chance que ça n’aille pas sur les poumons et je n’ai pas été hospitalisé; ça a commencé par les symptômes d’une grosse grippe, une grosse fatigue, puis à partir du jeudi j’ai eu froid, le moral qui baissait et j’étais à 39,6° de fièvre. J’ai passé trois jours au lit puis ça a commencé à aller mieux. Au début, mon stress a été surtout d’avoir contaminé d’autres personnes mais il semble que non.

Donc aujourd’hui, ça va, sauf que le confinement, ce n’est pas mon kiff. Encore que j’aie le privilège d’avoir un jardin avec un potager et travailler la terre, c’est super-cool. L’air de rien, on est dans une période où on ne se rend pas compte qu’il y a de beaucoup de « bullshit jobs » ; ça pose question. Je me rends compte que quand je m’arrête, ça a moins de conséquences que si c’est le facteur ou les éboueurs qui s’arrêtent. Même si j’ai toujours eu besoin d’ancrage dans la nature ou le faire, d’où par exemple mon orientation vers le sylvomimétisme : j’ai besoin de relier la tête et les mains, parce qu’au milieu il y a le cœur !

Pierre Gérard et son affiche Jordi

Le selfinement de Pierre, dans son bureau à la maison, avec son affiche fétiche.

Comment je travaille ? Pas beaucoup ! (rire) Je m’assieds devant mon ordinateur et j’essaie d’avancer… mais ça ne vient pas facilement. En ce moment je bosse sur la construction d’une offre que j’appelle « tech translate », pour aider les personnes qui ont des idées ou des projets d’ordre technologique ou scientifique à les formuler de façon compréhensible et convaincante pour être entendues des banquiers et autres personnes qui pourraient les soutenir.

J’ai aussi travaillé avec le cabinet 37.5 pour voir comment nous pourrions avoir un positionnement local sur le territoire.

Et puis je suis aussi actif pour TEDx. Je suis fier d’avoir obtenu l’intervention de Gaël Giraud que nous préparons pour ce jeudi, pour les TEDx francophones. C’est quelqu’un que j’apprécie depuis longtemps ; récemment je l’ai entendu à la radio parler de la sortie de crise mais c’était nul : il avait peu de temps pour parler, le journaliste l’interrompait tout le temps. Comme je savais par quel biais trouver son contact, j’ai tenté et il a accepté. Ça, c’est cool ! Et nous sommes vraiment contents : en deux jours nous avons déjà neuf cents inscrits. Ça me paraît important de l’entendre parce que personne ne parle de la façon dont on sort de cette crise ; on nous débite des chiffres sur le nombre de morts par exemple, mais comment on va redémarrer, sur quel modèle, avec quelle économie… ça, c’est marqué nulle part.

Et demain ? Justement, c’est la question… Tout le monde vient de s’apercevoir – et moi le premier – qu’il est un être vivant. On l’avait oublié : parce que nous sommes des êtres conscients, nous avons cru qu’on saurait tout résoudre. Mais en comprenant que nous avons une écologie interne, nous allons peut-être mieux comprendre l’écologie du monde. Même si je pense que l’après, surtout économiquement, va être très compliqué. Il y a une prise de conscience de ce qui est essentiel ou accessoire, qui va sans doute rester ; de tels chamboulements vont peut-être s’ancrer dans les habitudes. Par exemple, personnellement, je suis déjà un peu axé sur la frugalité, tout en étant conscient d’être privilégié, eh bien ce qui se passe ne me donne pas envie de courir à la consommation… Par contre, ça me donne encore plus envie de faire bénéficier des gens de la notion de sylvomimétisme : comment la forêt peut nous apprendre l’équilibre, la collaboration, etc.

A titre individuel, la période correspond au moment où ma nouvelle activité se précise : juste avant le confinement, le 16 mars, j’ai sélectionné les domaines que je voulais développer en priorité. Ils sont au nombre de quatre : le sylvomimétisme – pas comme thérapie mais pour apporter à des entreprises cette notion de connexion au vivant ; TEDx pour l’aspect exploration ; ma collaboration au cabinet 37.5 pour l’accompagnement des entreprises avec un point de vue durable ; et enfin l’envie d’ouvrir les esprits en local sur les questions de transition écologique et de résilience : pouvoir s’informer et se former sur ces questions sans avoir besoin d’aller à Paris, cela manque, c’est ce que j’appelle « l’institut de l’open transition ».

Et dans cette perspective je pense qu’Epicentre peut devenir ce point-clef qui pourra relier les extrémistes de l’écologie et les « gens de l’ancien monde », cet entre-deux qui n’existe pas non plus à Clermont. Il y a une place à prendre à condition de réaffirmer un imaginaire : celui d’un endroit où l’on aiguillonne les acteurs qui ont un rôle à jouer, où l’on pose des questions raisonnables mais précises et pressantes. D’un lieu qui afficherait sur sa devanture « En transition écologique ».


Le profil LinkedIn de Pierre


Interview par téléphone le 6 avril 2020 – par Marie-Pierre Demarty

0 Commentaires

Laisser un commentaire