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Tiers-lieu aux volets verts

Transition écologique et résilience : un projet naturel pour Épicentre

Nous vous en parlerons de plus en plus à Épicentre, et donc sur ce blog. Nous pensons que l’urgence écologique est le combat absolu, celui dans lequel le monde doit mettre toutes ses forces. C’était le cas avant la pandémie, ce le sera encore après, même si la crise sanitaire l’a momentanément fait passer au second plan. C’est pourquoi nous en avons fait un axe central du projet d’Épicentre. Nous profitons de la pause du confinement pour prendre le temps d’en discuter avec Damien Caillard, notre vice-président qui porte ce volet du nouveau visage de notre tiers-lieu.

Peux-tu commencer par nous décrire ce « volet vert » ?

Le principe est d’orienter fortement Épicentre vers une action dédiée à la transition et à la résilience environnementales et sociales des territoires, même si ce n’est pas de manière exclusive, mais au moins dans les événements que nous produisons. Cela doit nous permettre de mieux identifier le tiers-lieu et de nous repositionner par rapport à nos partenaires, quant à ce que nous pouvons apporter au territoire.

Damien (ici à Épicentre, avant le confinement) : « Ces crises vont s’intensifier et il est préférable d’en soigner les causes ».

Notre constat est qu’il n’existe pas de lieu à Clermont pour comprendre et se rencontrer sur le sujet. Il y a bien sûr de nombreuses initiatives, mais elles s’adressent le plus souvent à des écologistes convaincus et adoptent un point de vue partisan. Nous voudrions être un lieu où différents points de vue soient accueillis. Et où peuvent venir les personnes ou acteurs locaux – de plus en plus nombreux – qui se sentent interpellés ou concernés par le sujet mais ne sont pas (encore) engagés : par exemple le problème de la distribution d’eau, qui a failli se poser pour la métropole l’été dernier et qui pourrait très bien nous arriver cette année, concerne toute la population.

Ce que nous vivons actuellement avec le confinement – et qui a des origines communes avec l’urgence écologique – est une première crise, qui permet à beaucoup de prendre conscience de ce qu’est une catastrophe « imprévisible, irrésistible et extérieure aux personnes concernées », pour reprendre la définition du cas de force majeure. C’est comme une sorte de répétition et nous souhaitons apporter des éclairages à ceux qui se posent ces questions.

Pour aller plus loin dans la précision de ce que nous voulons travailler, arrêtons-nous sur les termes que nous employons pour définir le projet. Tout d’abord celui de « transition » : comment vois-tu cette notion de transition ?

La transition, c’est le mouvement de fond, continu, progressif, dans la durée. Elle est devenue nécessaire en raison des changements environnementaux annoncés depuis longtemps, mais que l’on commence à observer très concrètement, que ce soit en évolutions lentes ou en crises plus violentes comme les sécheresses ou la pandémie. Ce que nous commençons à vivre va s’intensifier et il sera plus efficace d’en soigner les causes que les conséquences. Pour cela, c’est le modèle sociétal entier qu’il faut changer.

« Faire dialoguer les partisans

de différentes stratégies »

Dans cette optique, nous ne souhaitons pas être militants d’une approche, nous ne défendrons pas spécifiquement la sobriété ou la décroissance ou l’innovation, mais on aimerait que ceux qui portent ces différentes stratégies puissent venir s’exprimer pour que chacun puisse se faire son opinion en dialoguant avec eux.

C’est cette approche globale et non militante que nous souhaitons apporter sur le territoire local. Nous prônons l’idée que le changement d’état de la société, dans son fonctionnement et dans son rapport à la nature, ne pourra se faire qu’avec tous les acteurs, y compris les collectivités, les entreprises, les individus les moins engagés…

La crise sanitaire nous a fait ajouter une autre notion qui semble prendre toute son importance, accolée à celle de la transition : la résilience…

C’est la capacité à encaisser un choc majeur, à apporter de la flexibilité : comme pour un objet souple qui ne se casse pas quand on le tord et qui reprend sa forme initiale. Mais pour le cas de la société, plutôt que reprendre sa forme initiale, il est préférable d’analyser pourquoi une catastrophe a eu lieu, ce qui aurait pu atténuer ses effets, de façon à se préparer et mieux amortir la crise suivante.

On le comprend bien aujourd’hui sur le sujet des stocks de masques, des respirateurs disponibles ou des gestes barrières…

Une dernière notion qu’il convient d’expliciter : la dimension territoriale.

Même si beaucoup d’actions doivent être menées à une échelle internationale, le périmètre local est aussi pertinent pour agir. Dans notre cas, il se situe plus ou moins au niveau du bassin de vie clermontois, du territoire de la Métropole, de celui du Puy-de-Dôme.

Cet échelon du territoire est intéressant parce qu’il est plus facile de réfléchir à une petite échelle, ça parle davantage : « proche des yeux, proche du cœur » !

De plus, il s’agit d’une unité de vie économique où les différents acteurs se connaissent, travaillent ensemble, s’identifient à une communauté d’appartenance et sont plus enclins à se serrer les coudes qu’à l’échelle d’un pays ou d’une mégapole.

Et enfin, même si les problématiques sont globales, les effets peuvent être différents selon les territoires. Le changement climatique ne se traduit pas de la même façon au bord de la mer, en plaine, en montagne…

Mais bien sûr, cela ne signifie pas fermeture et repli sur soi.

« Il est plus facile de réfléchir

à une petite échelle »

Comment en es-tu arrivé à t’intéresser au sujet et de là, à t’engager pour porter ce projet à Épicentre ?

J’ai commencé à me sensibiliser aux sujets environnementaux quand je vivais à Paris : vers 2000, parce que j’en avais marre du métro, j’ai commencé à me déplacer à vélo et à me questionner sur les déplacements, comment étaient organisés les axes vélo, la place de la voiture… Puis en revenant en Auvergne en 2013, j’ai redécouvert la région, apprécié la nature, fait de la rando.

Par ailleurs, je savais que je voulais faire quelque chose pour le territoire. C’est ainsi que je me suis engagé dans la création du Connecteur en 2016, sur le sujet de l’innovation ; il y avait de belles choses à raconter. Ça m’a mis en relation avec plein de gens et j’ai apprécié la solidité des réseaux, la proximité.

L’étape suivante a été septembre 2018 : quand Nicolas Hulot a démissionné du gouvernement, je me suis dit que c’était le grand sujet sur lequel il fallait travailler. J’avais envie de mieux comprendre et j’ai pensé qu’il serait bien de faire partager ce que j’allais apprendre. J’ai pris alors la décision d’orienter ma carrière professionnelle dans ce sens, par la création d’un média, par l’organisation de moments de rencontres ou par l’accompagnement d’acteurs économiques.

Ces différentes briques se concrétisent aujourd’hui : je suis en train de lancer le média – Tikographie – et de construire l’offre d’accompagnement (voir l’interview coconfinement). Quant à la brique événementielle, elle se met en place depuis quelques mois dans le cadre d’Épicentre.

La fresque du climat : un événement animé par Quentin Jaud à Épicentre en février dernier : dans l’esprit collaboratif du tiers-lieu.

Selon toi, comment Épicentre peut s’inscrire dans ce projet ?

J’ai découvert Épicentre quand je travaillais au Lab de Centre-France. J’ai eu un vrai coup de cœur, au point que quand j’ai quitté Centre-France, je savais que dès le premier jour je viendrai m’y installer.

Il y a à Épicentre beaucoup d’indépendants, en termes de statut professionnel mais aussi en termes d’état d’esprit. Chacun vient avec des compétences, un parcours, un point de vue et cela donne des échanges très riches. Je sais que j’ai des contacts avec cinquante fois plus de gens que si j’étais resté en entreprise. Ce que nous voulons créer sur la transition environnementale est tout à fait dans cet esprit où la richesse naît de la diversité, du brassage et de la collaboration.

De plus on y trouve beaucoup de personnes engagées sur ces sujets, avec de vraies compétences et avec des approches et des sensibilités très diverses.

De ce fait, même si le sujet est devenu central dans le projet récemment, il s’inscrit complètement dans l’esprit collaboratif qui l’anime depuis le début. Cela a du sens, d’autant plus que dans le même temps, nous avons souhaité réaffirmer l’esprit collectif d’Épicentre.

« Une approche globale »

C’est dans cette perspective que nous avons voulu des ateliers ouverts largement : s’y retrouvent des coworkers et des habitués du lieu, mais aussi des personnes qui l’ont découvert à cette occasion.

Cette nouvelle orientation nous paraît donc naturelle : nous avions commencé à en parler et nous avons saisi le moment favorable du changement d’équipe de gouvernance pour le proposer.

Concrètement, comment le projet se développe-t-il ?

Il y a d’abord les réunions du mardi : c’est un rendez-vous hebdomadaire les mardis midi, où chacun apporte son sandwich, et que nous avons maintenu pendant le confinement sous forme de vidéo-conférences (1). Le principe est de construire le projet transition-résilience d’Épicentre, mais aussi de discuter entre nous pour s’enrichir mutuellement par les apports de nos sensibilités, de nos connaissances, de nos réseaux. Nous sommes actuellement une dizaine à y participer, pas toujours les mêmes ; on y vient librement, sans obligation et on peut s’y joindre facilement. La seule contrainte, c’est que si on s’engage à un moment sur une action, on s’y tient.

Les rencontres avec cinq candidats aux municipales de Clermont : le premier événement organisé par Épicentre dans le cadre du projet « transition et résilience ».

Ensuite, il y a les actions elles-mêmes, qui se veulent très variées dans les formats. Par exemple, nous avons saisi l’opportunité de la campagne des municipales pour interroger en public les candidats sur leur vision de la transition écologique, et à partir de cette semaine, nous les interrogeons à nouveau sur ce blog sur le sujet de la sortie de la crise sanitaire; dans un tout autre genre nous avons aussi proposé une Fresque du climat, qui est un escape game pour mieux comprendre les causes et les enjeux du changement climatique. Nous voudrions aussi organiser des formations, une bibliothèque participative sur ces thèmes, ou encore faire d’Épicentre un lieu d’expérimentation sur les possibilités de rendre un lieu existant plus éco-compatible.

Nous nous orientons aussi vers la création d’une association pour porter cette partie du projet. Pourquoi ce choix ?

Le modèle associatif nous paraît pertinent pour s’engager, mais aussi pour cotiser, trouver des financements sous forme de subvention ou de mécénat. C’est important d’assurer l’équilibre financier du projet et sa pérennité, mais aussi sa qualité. Nous devons proposer des contenus et des événements de grande qualité si nous voulons attirer des nouveaux publics et les trouver au-delà de nos réseaux. Cela exige du temps de travail et d’organisation ; nous avons des personnes compétentes pour cela mais il y aura besoin de les rémunérer pour répondre à cette exigence. Nous visons un projet ambitieux en termes d’échelle, avec une approche la plus ouverte et accessible possible, avec des cotisations basses, certains événements gratuits, etc.

De plus, ce modèle de fonctionnement doit contribuer à la pérennité de la SCIC Épicentre (2), à travers la location d’espaces pour les différents rendez-vous.

Autrement dit, c’est une approche globale… et c’est toute la philosophie du projet.


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Interview par téléphone le 13 avril 2020 – par Marie-Pierre Demarty

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