Interview Coconfinement

Les Coworkers sans le Coworking, comment ça se vit ?

ITV coconfinement – Anne Perriaux

Arrivée à Épicentre pour suivre le programme d’incubation de CoCoShaker, Anne a fondé 630° Est, où elle crée des signalétiques à l’intention de publics en situation de handicap. En quelques années nous l’avons vue rafler tous les prix et distinctions de la création d’entreprise et développer son activité de façon exemplaire, auprès d’établissements médico-sociaux notamment, en France et même à l’étranger. Tout cela depuis son camp de base d’Épicentre Factory.

Comment je vais ? J’ai souffert d’une sciatique pendant une partie du confinement mais aujourd’hui ça va bien. Je vis en appartement avec mon compagnon, dans le quartier piéton proche de la cathédrale, mais comme nous sommes au troisième étage, j’ai la chance d’avoir une vue dégagée et de pouvoir respirer à la fenêtre.

Au début du confinement, je sortais faire le tour du pâté de maisons tous les trois jours mais maintenant c’est plutôt tous les jours. Et j’ai parfois la possibilité de voir des amis qui vivent pas loin, pour des apéros – à bonne distance – et ça fait du bien de voir d’autres personnes.

Anne Perriaux, coworker en confinement

Le selfinement d’Anne, avec vue sur les toits du plateau central.

Comment je travaille ? Fin mars j’avais des déplacements prévus à Paris et en Suisse pour voir des clients, en plus de commandes à mettre en œuvre, et je me demande comment j’aurais fait sans le confinement. Il est arrivé à point et m’a permis d’étaler le travail.

Pour la relation avec mes interlocuteurs, j’ai transformé les réunions en questionnaires, cela ajouté à quelques visioconférences. Ça fonctionne bien.

Comme je travaille surtout pour des établissements spécialisés accueillant des personnes handicapées, que ce soit à la journée, en internat à la semaine, ou même en continu sur toute l’année, c’est un fonctionnement assez proche des EHPAD et certains ont arrêté de me répondre dès les premiers jours après le confinement, sans doute par manque de disponibilité. J’ai donc des projets qui sont complètement gelés, mais d’autres sur lesquels j’ai pu bien avancer car ils arrivaient à la phase de conception où je dessine les pictos. Par exemple j’ai avancé sur un projet avec les piscines de la Métropole.

Le déconfinement aussi arrive à point pour moi, parce que je commence à être bloquée pour la phase suivante qui est de faire imprimer les signalétiques.

Et l’avenir ? À titre personnel pour l’avenir immédiat, j’ai très envie de partir quelques jours dans la nature, dès que je pourrai. Je ressens un besoin de me rouler dans l’herbe, de marcher au grand air, en coupant tout moyen de communication. L’écran est devenu l’activité majeure de nos jours et je sature ; déjà maintenant, je m’interdis d’y aller pendant plusieurs heures par jour. Étonnamment j’ai besoin de couper. Et j’ai peur du brouhaha qui va suivre le déconfinement.

Sur une vision plus globale, j’adorerais qu’on ne revienne pas à la situation d’avant mais j’ai du mal à y croire. Le gouvernement ne nous montre pas la voie d’une réorientation possible. On a vu les choses évoluer très vite et de façon concrète pour répondre à la crise sanitaire ; si cet exemple ne met pas les gens en mouvement pour une vraie transition, alors je vais devenir très pessimiste.


Pour en savoir plus : le site de 630° Est


Interview par téléphone réalisée le 5 mai 2020 par Marie-Pierre Demarty

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